Gérard Brémond : Jamais en vacances

Posté par admin le 1 février 2008

Gérard Brémond : Jamais en vacance [ 01/02/07  - 00H00  Enjeux-Les Echos   ] 

Fondateur de Pierre § Vacances, l’infatigable inventeur de la nouvelle propriété récidive: un troisième Center Parcs français, un Village avec Disney, une résidence de centre-ville.

Il vient de fêter les 40 ans de la station de ski d’Avoriaz et soufflera bientôt ses 70 bougies d’anniversaire. Mais la question de sa succession est plus que jamais…  » hors sujet « . Si quelque journaliste s’aventurait à l’interroger sur ce thème, le PDG fondateur de Pierre & Vacances lui lancerait sa boutade habituelle :  » Je suis immortel !  » Hormis le trial acrobatique auquel Gérard Brémond a renoncé il y a quelques années, cet entrepreneur boulimique tourne en effet à plein régime.  » Il est en milieu de carrière « , confirme le plus sérieusement du monde Thierry Hellin, directeur général adjoint du groupe. L’annonce de résultats annuels renouant avec la croissance n’est certainement pas étrangère à la forme olympique du leader européen des résidences de loisirs, avec 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2006. La progression du résultat opérationnel (+ 30%) relègue le trou d’air traversé en 2005 au chapitre des accidents de parcours. Une nouvelle organisationPour la première fois depuis son entrée en Bourse en 1999, Pierre & Vacances avait enregistré cette année-là une baisse de 36,5% de son résultat net. Principal actionnaire de l’entreprise avec 50% du capital et 66% des droits de vote, Gérard Brémond – qui connaît sa boutique jusque dans les moindres recoins -, fait alors appel à une batterie de consultants.  » Après avoir triplé de taille en quelques années, il avait besoin de vérifier que l’entreprise était sur la bonne trajectoire « , explique Jean-Pierre Gaben, du cabinet Mercer.  » Je vous préviens : je ne veux pas de slides avec des organigrammes et des camemberts mais des résultats concrets et visibles « , leur avait-il annoncé d’emblée. Neuf mois plus tard, et le passage au scanner de la stratégie, une nouvelle organisation est mise en place et 7 millions d’euros d’économies sont réalisées. De quoi effacer la baisse enregistrée et adapter les structures de l’entreprise à sa nouvelle dimension, après les rachats de Center Parcs, Maeva et MGM. Réorganisé, Pierre & Vacances semble donc prêt pour de nouvelles aventures…CréativitéSon capitaine, lui, a retrouvé le sourire et entame avec l’énergie qui le caractérise  » 2007, une année où l’on communiquera un peu « , commente-t-il faussement nonchalant avec son sens de la dérision habituel. L’anniversaire d’Avoriaz – première pierre du groupe – qu’il s’est résolu à fêter après six mois d’intenses pressions de ses proches collaborateurs, constitue en réalité le coup d’envoi d’un feu d’artifice d’annonces. L’inventeur de la première station de sports d’hiver  » écolo  » inaugurera coup sur coup les 370 appartements de Paris-Tour-Eiffel, une résidence de centre-ville (secteur sur lequel Pierre & Vacances va mettre un coup d’accélérateur cette année) et le troisième Center Parcs français qui verra le jour, cet été, à Ailette, en Picardie. Mais le grand projet de cet inquiet constructif, celui qui remplit son emploi du temps et stimule sa créativité (en attendant de pouvoir en dévoiler les principaux aspects à la presse), c’est le partenariat noué avec Euro Disney pour construire sur 550 hectares, à côté de Marne-la-Vallée, un gigantesque  » Village nature  » 100% écologique autour d’un lagon chauffé par géothermie. Une idée rapportée d’Islande où vit son fils… Pour un investissement total de 1,8 milliard d’euros, partagé à 50/50.  » Je voulais créer quelque chose à grande échelle. Quoi que l’on pense de Disney, cette marque a une puissance et une créativité indéniables. Pour le petit fondateur d’Avoriaz, travailler avec une multinationale du loisir, c’est plutôt stimulant. Et puis, c’est un beau brevet !  » Encore au stade de l’étude, la réalisation du village (6 000 places d’hébergement) dont le premier coup de pioche doit être donné en janvier 2009, devrait s’étaler jusqu’en 2024… date à laquelle, le patron de Pierre & Vacances affichera 85 printemps. Qu’importe !  » Gérard Brémond attache autant d’importance à dessiner la première phase que la quatrième « , témoigne Maria Outters, responsable du pilotage du projet chez Pierre & Vacances.Un nouveau conceptCar Gérard Brémond conserve une soif d’entreprendre absolument intacte. Alors que d’autres groupes, comme Nouvelles Frontières ou le Club Med, peinent à trouver un second souffle, le fondateur de Pierre & Vacances, dernier des Mohicans de cette génération, peut même se targuer d’être désormais copié par bon nombre d’acteurs comme Accor ou le Club Med qui, petit à petit, cèdent leurs murs. La formule de cet élixir de jouvence ?  » La nouvelle propriété « , un concept qu’il a inventé il y a maintenant plus de trente ans et qui lui a permis de se développer sans capitaux propres excessifs. La formule lui assure aujourd’hui un avantage concurrentiel aussi bien sur les tour-opérateurs, aux produits moins attractifs depuis l’apparition des compagnies low cost, que sur les marques distribuées en agences de voyages concurrencées par Internet.Tout remonte à Avoriaz. Alors qu’il vient d’abandonner le rêve d’être musicien, le jeune étudiant en économie se voit confier par son père promoteur immobilier, les clefs d’un domaine de quelques hectares situé dans les Alpes du Nord.  » Jamais je n’aurais imaginé pouvoir me passionner pour la promotion « , confie-t-il aujourd’hui. Et pourtant… A Avoriaz, avec quelques acolytes architectes dont Jacques Labro, il inventera un nouveau concept de station de ski : pas de voitures mais des chevaux importés de Laponie ; pas de chauffage au mazout mais à l’électricité ; et pas de barres HLM qui dénaturent le paysage. Problème : Gérard Brémond et sa bande fonctionnent aussi sans étude de marché et sans argent. Mais une telle inconscience sera finalement sa chance, l’obligeant à rivaliser d’imagination pour faire connaître la station et rentabiliser le projet. Côté pub, il fait appel aux  » peoples  » de l’époque, les Régine Deforges, Jacques Dessange et autres Jean-Louis Servan-Schreiber. Côté finance, il trouve une astuce pour calmer les banques et faire rentrer un peu d’argent : moyennant une incitation fiscale (la récupération de la TVA), il vend les appartements à des particuliers en échange de quelques semaines de vacances et de loyers garantis pour le reste de l’année. C’est la  » nouvelle propriété « , formule magique que Gérard Brémond appelle en toute modestie  » l’oeuf de Christophe Colomb « . Le concept reste encore aujourd’hui à l’origine de la réussite de Pierre & Vacances.ObstinationPour perpétuer ce modèle économique inventé par nécessité – il a fallu quinze ans pour rentabiliser la station – l’entrepreneur n’a pas démérité. Le secteur de la promotion immobilière lui doit notamment tous les décrets, baptisés dans les couloirs de l’Assemblée nationale  » les amendements Brémond « , qui permettent aux particuliers quelques déductions fiscales sur lesquelles repose le principal argument de vente de Pierre & Vacances. Après la TVA, les lois Perissol, Demessine et, dernièrement, celles concernant les zones de revitalisation rurales (ZRR) porteront aussi sa marque. Une obstination et un entregent exceptionnels lui ont permis d’y glisser  » ses  » articles.  » Il sait parfaitement faire converger les intérêts de Pierre & Vacances et ceux de la France !  » résume un ancien collaborateur.  » Il connaît tous les rapporteurs du budget et ne se contente pas de plaider sa cause mais écrit le texte, suit son parcours et n’a pas son équivalent pour trouver où est le pouvoir dans un appareil d’Etat « , ajoute un autre. De son côté, Gérard Brémond revendique cet art du lobbying : dans l’intérêt de son entreprise certes mais aussi dans l’intérêt général.  » Nous participons à l’aménagement du territoire et nous générons de la taxe professionnelle et des emplois !  » argue-t-il. Et s’il aime laisser dire que son coeur penche plutôt à gauche,  » il tisse des relations au gré de l’intérêt de sa société qui constitue, malgré son amour du jazz et ses investissements dans le cinéma, sa seule et unique passion « , témoigne un ex-collaborateur.Passion ou obsession ? Selon un concurrent,  » la méthode Brémond  » est assez égotiste. Comme bon nombre de créateurs d’entreprise, le management constitue sans doute le talon d’Achille du charismatique fondateur. Ces dernières années, le patron de Pierre & Vacances a usé plusieurs numéros 2. Peu convaincu d’avoir réellement besoin d’un bras droit, il lui a d’ailleurs fallu plus d’un an pour remplacer le dernier, François Georges, parti en juin 2005, après plus de dix ans de bons et loyaux services mais deux ans seulement comme directeur général. Travailler aux côtés de Gérard Brémond exige manifestement plusieurs qualités à commencer par une grande disponibilité, car si ses journées commencent à 11 heures du matin elles se terminent souvent autour de minuit. L’exercice requiert aussi une certaine souplesse intellectuelle, car avant de prendre une décision il teste toutes ses idées en tête-à-tête avec chaque membre du comité exécutif. Sans oublier, enfin, une belle humilité, car Gérard Brémond, guidé par une grande prudence pour ne pas dire méfiance à l’égard de ses collaborateurs comme de l’extérieur, n’hésite pas à court-circuiter la hiérarchie pour vérifier une information. Mais il assume en bloc. L’exercice personnel du pouvoir d’abord :  » J’aime être informé parce que je suis curieux de tout. Si j’ai tout le « background », je leur fais gagner du temps « , argumente-t-il. La méfiance aussi :  » Je délègue beaucoup sur l’exécution, se défend-il, mais j’ai besoin d’un reporting très détaillé.  »  » Gérard Brémond est un modeste qui n’a pas la grosse tête « , décrit Claude Bébéar, ami de trente ans qui l’a à deux reprises sorti de situations financières plus qu’inconfortables en lui reprenant des actifs.Ce (faux) modeste laissera-t-il son nouveau numéro 2 Eric Debry, débauché de chez TUI, prendre un peu plus d’espace que ses prédécesseurs ?  » Mon modèle c’est le jazz : chacun a sa liberté mais il ne faut pas planter l’orchestre en plein morceau « , assure l’intéressé. S’il persiste à laisser croire que  » l’avenir n’est pas écrit « , comme il avait titré une chronique parue dans Le Figaro pour défendre la constitution européenne, Gérard Brémond pourrait aussi bien improviser une sortie inédite que rester à la tête de Pierre & Vacances jusqu’au bout. En attendant, il étudie le transfert des parts de sa société à Ensemble, sa fondation d’utilité publique qu’il a créée en 2004.  » Mon but n’est pas d’accumuler du capital ! « SON PASSIF- Omniprésent, il a du mal à déléguer et n’accorde jamais réellement sa confiance.- Anticonformiste et peu organisé, il hésite longtemps avant de prendre une décision.SON ACTIF- Une implication totale dans le court et le long terme.- Un sérieux carnet d’adresses dans le milieu politique, indispensable pour maintenir les avantages fiscaux du secteur.- Un formidable stimulant pour ses collaborateurs.- Une connaissance profonde de son entreprise.SON ENJEU- Adapter son style de management à la taille de l’entreprise.- Trouver des relais de croissance à Pierre & Vacances et internationaliser le groupe.- Construire son partenariat avec Euro Disney.- Se préparer à l’idée de passer la main.
LIBIE COUSTEAU

Source:

http://www.lesechos.fr/management/carre-vip/300207308.htm

 

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