Les grandes périodes de l’histoire forestière

Posté par admin le 4 juin 2009

Les grandes périodes de l’histoire forestière

La préhistoire (jusqu’en -1 000)

En France comme en Europe, l’aménagement des forêts remonte à presque 500 000 ans, lorsque quelques chasseurs-cueilleurs se lancent à la conquête de nouveaux territoires de chasse en mettant  le feu à d’importantes étendues boisées. Ces « paléo aménagements » constituent les premières modifications par l’homme de la couverture forestière.

Au Mésolithique (de -10000 à -5000) les civilisations sont en régression et la densité de population très faible.

On assiste ensuite au Néolithique (de -5000 à – 2500) à une explosion démographique (sédentarisation) qui conduit les premiers paysans à poursuivre l’action de leurs ancêtres de l’âge de pierre en procédant aux premiers défrichements des surfaces forestières, tout d’abord à la hache à silex (vers -3500) puis ensuite, à l’aide d’outils de cuivre (âge du cuivre, vers -2500), en bronze (âge du bronze, vers -2000) puis en fer (âge du fer, vers -700). Cela leur permet d’y implanter champs, prairies et baraquements en rondin

On estime qu’en -1000, la majeure partie du territoire est boisée.

La période celtique (-1 000 à -52)

Au niveau population humaine, cette période correspond à l’âge du bronze et à l’âge du fer. Les innovations techniques sont la roue à rayon, les chariots, les tonneaux, l’utilisation d’engrais et de greffes. On pratique l’élevage du porc, le brassage de la bière, la chasse à l’Auroch, au Loup, à l’Ours, à l’Elan.

Les populations d’alors vivaient beaucoup en forêt. Elles vénéraient des dieux sylvestres, zoomorphes et Esus, dieu de la forêt. Pour ces populations, la forêt forçait le respect et était assez peu exploitée (chasse surtout).

On dénombre sur le territoire français de 60 à 90 cités (petits royaumes), gouvernés selon un système aristocratique.

En ce qui concerne la forêt, des massifs immenses de forêt primaire subsistent encore (Les carnutes, forêt allant d’Orléans au Perche ; Brocéliande en Bretagne ; Arduina, forêt allant des Ardennes à la Lorraine ; le Jura, les Vosges, les vallées de la Saône, de la Loire et de la Seine sont également très boisés).

Ceci dit, les Celtes sont de bons agriculteurs et il y a davantage de défrichements qu’à la période précédente. La Beauce, l’Orléanais sont très cultivés ainsi que la Champagne. Mais globalement, la Gaule du nord est moins défrichée que la Gaule du sud (notamment la Provence et l’Aquitaine). On estime à cette époque la surface forestière à près de 40 millions d’hectares, avec un taux de boisement de 65-75%. Obstacle et rempart à la civilisation, la forêt est aussi une matrice nourricière pour des populations qui construisent et se chauffent au bois

La période gallo-romaine (-52 à 500)

La période gallo-romaine commence à la victoire de César sur les Gaules. Au moment de l’invasion romaine, la Gaule est qualifiée de chevelue (boisée). César pacifie ensuite la Gaule, la sépare en provinces, construit des routes. La période gallo-romaine correspond à une certaine prospérité économique et à une augmentation de la population.

Le Celte est délaissé au profit du bas-latin, les druides sont chassés. Les Romains de l’Antiquité avaient placé les forêts sous la protection d’un dieu auquel il a été fait référence précédemment : Janus Foresta. D’autre part, il y a création d’un cadastre : ainsi, il n’y a plus de terre sans propriétaire.

On distingue à cette époque deux grands types d’occupation de l’espace :

Le saltus ou zone cultivée, il correspond à un tiers voire à la moitié du territoire. Il est subdivisé en domaines (fundus gallo-romain) de quelques centaines d’hectares, où l’on vit en autarcie. L’évolution d’un fundus donnera une villa franque, puis une paroisse et enfin une commune.
Le saltus publicis, appartenant à l’empire (fisc impérial). Ces terres boisées correspondent à de grands massifs forestiers (en tout, environ 30 millions d’hectares). Mais la forêt primitive est parcourue par des voies romaines et est donc en voie de morcellement. Toutefois, elle est assez peu touchée par l’activité humaine.
D’autre part, l’essartage (défrichement, notamment par le feu) et le pâturage des troupeaux de moutons et de chèvres dégradent fortement la forêt méditerranéenne, tant en Italie que dans le sud de la France.

A la fin de la période gallo-romaine, les grandes invasions commencent et entraînent non seulement un arrêt des défrichements, mais également un bref retour de la forêt.

La période franque (Ve au IXe siècle)

Après les invasions (Wisigoths, Burgondes, Francs…), un nouvel ordre s’installe. Pendant la période gallo-romaine, les forêts du saltus publicis étaient passées de res nullius (n’appartenant à personne) à res publica (bien de l’empire). Elles deviennent pendant la période franque des biens royaux silva regia (le terme foresta apparait alors).

Les fundus se transforment en villas franques. Elles sont gouvernées par un seigneur laïque ou ecclésiastique. Pendant cette période, les rois cèdent à leurs vassaux ou au clergé du domaine royal pour asseoir leur pouvoir.

Cette période est marquée par une hégémonie croissante de l’église qui est alliée au royaume. Le nombre de monastères augmente considérablement et on en dénombre environ 900 en l’an 900. Ces moines, notamment les Bénédictins, sont d’importants défricheurs. Sous Charlemagne apparaissent les premiers fonctionnaires chargés de la surveillance du domaine forestier royal (surtout pour la chasse).

On estime à cette époque que la forêt couvre environ 60% du pays (25 à 30 millions d’hectares), la population restant stable autour de 8 à 9 millions d’habitants.

La féodalité (IXe au XIVe siècle)

Cette époque correspond à la période des croisades. Il y a montée en puissance des grands seigneurs féodaux et ecclésiastiques au détriment du pouvoir royal (Duchés de Normandie, de Bourgogne, d’Aquitaine ; Comtés de Flandre, de Champagne, de Tours…). Le royaume de France est très réduit autour de Paris. On bâtit à cette époque les églises romanes, puis les cathédrales gothiques.

Une baisse de la prospérité aux alentours de l’an mil permet à la forêt de regagner un peu de terrain, mais la montée en puissance de l’église (ordre des Cisterciens et des Chartreux, notamment) induit de nombreux défrichements. De même, les seigneurs locaux possesseurs de la foresta attirent les colons pour asseoir leur puissance. Outre les aspects économiques, les aspects sociaux interviennent également dans les défrichements. En effet, au Moyen-âge, défricher, c’est civiliser. C’est faire triompher la foi et faire reculer une forêt inquiétante où les gens des bois (bûcherons, charbonniers…) ont mauvaise réputation.

Les défrichements conduisent à une diminution importante de la surface forestière et on estime qu’entre le XIe et le XIIIe siècle, 30 à 40 000 hectares de forêt sont défrichés tous les ans (ce sont les plus grands défrichements qu’a connus la France).

Tapisserie de Bayeux « Guillaume fait construire une flotte » : L’invasion de l’Angleterre est préparée au cours de l’été 1066 ; sous les ordres de Guillaume, 750 bateaux sont construits. Des milliers d’arbres sont abattus, fendus en planches qui sont ensuite assemblés pour construire les vaisseaux.

Au XIIIe siècle, on estime que la forêt française ne couvre plus que 13 millions d’hectares (soit un taux de boisement voisin de 25%) et que 40 millions d’hectares servent à l’agriculture. La pénurie de bois est déjà bien présente à cette époque. La guerre de Cent-ans et les désordres qu’elle occasionne permet à la forêt de regagner un peu de terrain à la finde la période médiévale.

Ainsi, la forêt, espace infini et sans maître, devient territoire approprié et circonscrit. Elle ne sert plus qu’à assurer les besoins vitaux des paysans, elle relève aussi d’une logique de privilèges réservés aux seigneurs et au roi. Des règles juridiques définissent des droits d’usages et restreignent peu à peu l’accès aux sylves. Le pâturage, le prélèvement de bois ou de gibier sont limités, le droit de chasse est accordé aux seuls seigneurs et les vilains sont cantonnés à la sylva communis. Il n’existe cependant pas encore de textes ni d’autorité commune, la plupart des usages étant réglementée localement. Dans le Nord-ouest, les seigneurs donnent de la terre boisée aux vilains. Ailleurs, notamment dans l’Est, ils accordent des droits collectifs : c’est la naissance des forêts communales.

On note également à cette époque la création de villes nouvelles (Nogent, Villeneuve, Villefranche…).

Pour ce qui est des modes de traitement :

au XIIIe siècle, on a à la fois du taillis à courte révolution et futaie plus ou moins furetée (c’est-à-dire plus ou moins jardinée) avec des coupes rares et irrégulières ;
au XIVe siècle, la pression exercée sur les forêts conduit à mettre en place des coupes par contenance, de proche en proche (méthode appelée ensuite tire et aire).
Pour finir, on peut dire que c’est au cours de cette période que se façonne de manière quasi-définitive le paysage français. Même si ensuite la surface forestière va évoluer par augmentation ou diminution, on reconnaît dès cette époque les grands massifs que l’on retrouve encore aujourd’hui.

Du XIVe siècle à Colbert

Cette période correspond, après les troubles de la guerre de Cent ans et à la Peste Noire, à une reprise très nette de l’activité forestière. En effet il y a à nouveau des défrichements (XVIe siècle) pour fournir de nouvelles terres pour l’agriculture et répondre à de nouveaux besoins (forges, verreries, briqueteries, salines, mines, construction navale…).

D’autre part, bien que théoriquement réglementé, le pâturage en forêt provoque de gros dégâts, notamment dans les jeunes taillis. Si les pénuries et les actes de mauvaise gestion (coupes abusives) étaient déjà à craindre à la période précédente, des siècles d’abus, de surexploitation et de pillage font de cette période celle des pénuries graves et des pillages qui vont avec.

Durant la période franque, le pays était en grande partie couvert de forêts et les rois ne songeaient alors qu’à protéger le gibier qui s’y trouvait. De l’essor démographique du XIIe siècle résulte alors un grave déséquilibre entre les hommes et la forêt aussi, peu à peu, si le gibier constitue toujours un grand pôle d’intérêt, la forêt elle-même retient l’attention. Le pouvoir va donc prendre une série de mesures (ordonnances) pour restaurer les forêts françaises.

Les deux premières ordonnances royales traitant spécifiquement des eaux et forêts sont celles de Philippe-Auguste, à Gisors en Novembre 1219, réglementant la vente des coupes de bois dans les forêts de la Couronne, et celle de Louis VIII, à Montargis en 1223. Elles seront suivies de celles de Philippe-le-Hardi, en 1280 interdisant la paissance des troupeaux et celles de Philippe-le-Bel, en 1291 et en 1309, créant les Maîtres des Eaux et Forêts, chargés de faire respecter les ordonnances du roi et les droits d’usage, et de délivrer les autorisations de ramassages du bois. Ces premiers « forestiers publics » assurent avant tout un pouvoir répressif, les considérations techniques sur la gestion des forêts n’étant encore que balbutiantes. Leur rôle sera précisé en 1318 par Philippe V et en 1326 par Charles-le-Bel.

En 1340, la marine nationale subit la défaite de l’Ecluse. C’est alors que Philippe VI de Valois prend conscience de l’importance d’une forêt productive dans le but de reconstruire la marine, étant donné la difficulté de s’approvisionner en bois par la mer tenue par les Britanniques. En mai 1346, Philippe VI ébauche le premier code forestier royal en édictant l’ordonnance de Brunoy, qui réglemente les prérogatives de la nouvelle administration des Eaux et Forêts. Il est ainsi interdit de « forer » au hasard, les coupes réglées sont généralisées, leur importance et leur emplacement sont planifiés. Ce texte constitue le socle des lois forestières ultérieures et instaure une notion, qui, quelques siècles plus tard fera couler beaucoup d’encre, celle de développement durable  : « les maîtres des eaux et forêts enquerront et visiteront toutes les forêts et bois et feront les ventes qui y sont à faire, en regard de ce que lesdites forêts et bois se puissent perpétuellement soustenir en bon état ». (art. 4). Y apparaît la notion de « possibilité » de la forêt c’est à dire de capacité à produire. Afin de faire respecter la législation adoptée, des tribunaux spéciaux sont créés : les Tables de Marbres. Ce texte, même s’il ne permet pas de stopper la destruction des forêts, est fondamental car il énonce pour la première fois deux principes fondateurs des aménagements forestiers à venir : planification des interventions et rendement soutenable. En 1355, le roi Jean publie aussi une ordonnance.

Charles V promulgue en 1376 une ordonnance de 52 articles sur les forêts, jetant les bases du Règlement Général des Eaux et Forêts. Les forêts royales sont confiées à 6 maîtres forestiers devant inspecter 2 fois par ans les forêts dont ils ont la charge. Ils doivent en décrire l’état et en présenter la situation comptable à la Chambre des Comptes, y compris les amendes perçues par leurs sergents. Ils sont payés 400 livres annuelles et en livraisons de bois À l’échelon subalterne sont institués des gruyers et des verdiers (gardes forestiers). Une exploitation forestière régulière placée sous haute surveillance est aussi instituée.

Les rois qui se succèderont auront la même politique, avec les ordonnances de Charles VI. en 1384, 1387, 1402, 1407 & 1415 ; de François I. en 1515, 1516, 1518, 1520, 1523, 1534, 1535, 1539, 1540, 1543, 1544 & 1545 ; d’Henri II. en 1548, 1552, 1554, 1555, 1558 ; de Charles IX. en 1561, 1563, 1566 & 1573 ; d’Henri III. en 1575, 1577, 1578, 1579, 1583 & 1586 ; d’Henri IV. en 1597 ; de Louis XIII. en 1637 !

Ainsi, l’ordonnance de Mars 1515 de François 1er reprend ce qui existait déjà. Les gens qui exercent leur droit d’usage sont toujours aussi dangereux, de même que ceux qui utilisent le bois pour les constructions par exemple, mais un autre danger pénètre les consciences : la promiscuité. Le seul fait de vivre ou d’effectuer certains travaux près des forêts est dangereux pour celles-ci. C’est pourquoi l’ordonnance de janvier 1518 défend aux officiers « de permettre dans les forêts aucun établissement de tuiliers, forgerons, potiers, verriers, ni aucun atelier de cercliers, tourneurs, sabotiers, ni de laisser extraire aucune terre des mines, du bois et faire des cendres ». De plus, pour la première fois semble-t-il, une ordonnance détermine des peines pécuniaires pour les différents délits en matière de coupe de bois. Cependant, malgré son importance, la portée de cette ordonnance est limitée aux forêts du domaine. Afin que la protection soit plus complète, l’article 30 de l’ordonnance « admoneste les princes, prélats, églises, seigneurs nobles, vassaux et autres de donner tel ordre et provision à l’entretènement de leurs bois et forêts… » . En 1520, le roi ordonne des mesures autoritaires à l’égard des propriétaires particuliers (« coupes réglées »). Quelques années plus tard, l’édit de 1543 mettra en place la juridiction des eaux et forêts, en la distinguant de la juridiction ordinaire.

Sous le règne de Charles IX, les vues du gouvernement et de l’administration s’étendent plus loin et la législation commence à embrasser véritablement la totalité des bois du royaume. Ainsi, l’édit de Septembre 1563 défend à tout particulier de faire couper les taillis avant l’âge de 10 ans, à peine de confiscation des bois et d’amende arbitraire. De plus, il leur enjoint d’y laisser en haute futaie le tiers des taillis, en conservant le nombre de baliveaux prescrits par les précédentes ordonnances (16 par hectare).

Le désordre qui du temps de Henri III régna dans les différentes parties de l’administration s’étendit pareillement aux eaux et forêts ; les besoins avaient fait multiplier les coupes extraordinaires dans les bois dépendant du domaine et les officiers ne surveillaient pas assez l’exercice des droits d’usage – quand ils n’étaient pas eux-mêmes des pillards. De plus, Henri III a rendu ces charges héréditaires et vénales ce qui a fait empirer la situation (ce système perdurera jusqu’à la Révolution.). Afin de préserver la forêt d’une destruction totale, Henri IV, par édit donné à Rouen en janvier 1577, règle mente les ventes des coupes ordinaires et sursoit à toutes coupes extraordinaires.

Seules les réformations (inspections sur le terrain) permettent de contrôler ce qui se passe et de punir les coupables. Fréquentes sous François Ier, Henri II et Henri IV, elles deviennent rares à partir de 1610 et cessent après 1635. D’ailleurs après le règne d’Henri IV et avant celui de Louis XIV, les suzerains porteront peu d’intérêt à la forêt. Les choses ne feront qu’empirer. Les guerres de religion correspondent également à une époque de pillage des forêts.

La prise de conscience de la rareté du bois provoque à cette époque un changement de mentalité. Défricher n’est plus civiliser et nombreuses deviennent les personnes à considérer la forêt et le bois comme une ressource précieuse.

Malgré la volonté de constitution d’un tiers, puis d’un quart en réserve et la redécouverte de l’aménagement à tire et aire, l’état des forêts est globalement mauvais vers le milieu du XVIIe siècle. On estime alors la surface forestière totale à 13 millions d’hectares.

En plaine, les traitements sylvicoles sont le taillis (plus ou moins riche en baliveaux et en réserves) et la futaie. Cette dernière est soit furetée, soit régulière à la suite de l’apparition du tire et aire.

De Colbert à 1827

En France, Colbert, déclare en 1660 « La France périra faute de bois ». Il avait calculé que l’Angleterre pouvait alors fabriquer une centaine de navires de guerre avec ses forêts alors que la France ne pouvait plus en faire qu’une vingtaine ! Il fallait reconstituer les forêts de toute urgence pour créer une marine dont il perçoit toute l’importance ; il met donc en place des règlements aptes à assurer la conservation des forêts. Un arrêt du conseil du 15 octobre 1661 préludera à la grande réforme de 1669. Au XVIIe siècle en effet, la protection des forêts est fort aléatoire et la situation a besoin d’être reprise en main. Louis XIV lui-même constate que les officiers des eaux et forêts ne remplissent pas correctement leur tâche, « soit par la crainte qu’ils ont de s’attirer pour ennemis les contrevenants à ces ordonnances qui sont souvent des grands seigneurs ou gens de crédit, soit par un intérêt sordide, soit par le peu de fermeté à résister aux ordres qui leur sont quelques fois donnés contre les obligations de leur charge », « le désordre qui s’était glissé dans les eaux et forêts (était) si universel et si invétéré que le remède paraissait presque impossible ».

La réforme de Colbert consiste donc à :

faire l’inventaire du domaine royal ;
« nettoyer » en profondeur la Maîtrise des Eaux et Forêts (2 millions de livres d’amendes, bannissements, pendaisons…) ;
se réapproprier 35000 hectares aliénés frauduleusement ;
mettre en place une législation forestière cohérente et applicable.
L’ordonnance « sur le fait des Eaux et Forêts » prise à Saint-Germain-en-Laye en août 1669 constitue un véritable code forestier, unifiant le droit, définissant des règles de gestion sylvicole à appliquer. Avec pour objectif le développement de la marine marchande et de la flotte de guerre, elle protège les forêts royales, améliore leur gestion et, autant que faire se peut, surveille les autres forêts en les assujettissant à plusieurs charges ou servitudes.

Cette ordonnance prévoit :

la délimitation des forêts royales (par des fossés, notamment) ;
la mise en défens totale des forêts ruinées ;
l’inventaire, la réglementation et la réduction des droits d’usage ;
la mise en réserve totale du quart des forêts pour croître en futaie ;
l’application du régime du taillis uniquement en lisière des grands massifs et sur les petites forêts ;
la généralisation du traitement en futaie pour obtenir des bois de marine ;
la limitation du droit de construire des châteaux, maisons et fermes dans l’enceinte ou à proximité des forêts royales ;
la réserve d’au moins 32 baliveaux par hectare après chaque coupe dans les taillis-sous-futaie avec une révolution d’au moins 10 ans ;
la généralisation des coupes par contenance (tire et aire), quel que soit le traitement ;
des âges d’exploitabilité élevés pour les futaies (au moins 150 ans) ;
l’interdiction dans les forêts des chèvres et moutons ;
l’instauration d’un droit de préemption sur les coupes pour les bois de marine ;
le principe de planification de la gestion forestière sur cent ans ;
la mise en place de nouvelles maîtrises compétentes et pouvant sanctionner les délits sur tous les domaines forestiers ;
le défrichement de bandes de 18 mètres de large de part et d’autre des routes traversant les massifs forestiers pour les rendre
plus sûrs (attaque de bandits).
Cette ordonnance initialement destinée aux seules forêts royales fut ensuite rapidement appliquée (non sans mal, parfois), aux forêts ecclésiastiques, seigneuriales et communales. Elle introduit la notion « du bon usage » de la forêt. Elle devient un modèle pour toute l’Europe et elle constitue un tournant. La forêt s’inscrit désormais dans une vision cartésienne du monde : l’homme devient alors maître et possesseur de la nature.

Elle donna rapidement des résultats, mais à la mort de Colbert, puis à celle de Louis XIV, on revint en arrière avec le rétablissement des charges vénales, la création de nouveaux postes d’officiers surnuméraires, la reprise des coupes abusives et des délits divers. La période qui suit, jusqu’à la révolution, est donc dramatique pour les forêts.

D’une part, la population augmentant, on défriche pour augmenter les surfaces cultivées (500 000 hectares défrichés entre 1762 et 1780) et on diminue les révolutions (passage à 100 ans, puis 50 voire 40 ans). Les peuplements résultant de cette sylviculture sont nommés « demi-futaie » ou « quart de futaie » et ressemblent plus à des taillis à baliveaux qu’à des futaies pleines. D’autre part, l’utilisation domestique du bois de chauffage est concurrencée fortement par les utilisations industrielles (forges, verreries, fabriques de porcelaine, hauts-fourneaux…). Cette surexploitation, tant pour le bois de chauffage que pour le bois destiné aux industries, à la marine ou à la construction fait que les forêts sont pillées, ruinées et défrichées. La réforme des droits d’usage était particulièrement difficile car les gardes étaient trop peu nombreux ou pas assez en position de force pour contrôler efficacement leur domaine forestier et la population refusait d’abandonner des droits estimés indûment abolis.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le système dirigiste mis en place par l’ordonnance de 1669 est fortement contesté. Avec Quesnay, les physiocrates prêchent le retour à la nature. Les écrivains, à la suite de Bernardin de St Pierre et J.J. Rousseau prônent les joies de la vie simple. Les penseurs libéraux, en prenant pour postulat l’intelligence de l’homme, son bon sens, sa conscience aiguë de ce qui est bon et mauvais pour ses intérêts, ceux de ses voisins et de la forêt, demandent l’abolition des lois prohibitives et le retour au respect de la propriété privée. A partir de 1760, le gouvernement adopte ces conceptions libérales. Cela se traduit par la redistribution de la propriété foncière et la libéralisation des exploitations forestières. Ainsi, le gouvernement de Turgot, à la suite de famines consécutives à deux hivers fort rigoureux (1762 et 1766), autorise de nombreux défrichements et une décision de Louis XV, en 1766, exempte d’impôts pendant 15 ans les terres défrichées et nouvellement cultivées.

Une telle politique est une catastrophe pour la forêt. A la veille de la révolution, la situation est encore plus dramatique qu’à la fin du XVIIe siècle. Les cahiers de doléances regorgent de réclamations sur la rareté et la cherté du bois.  Le redressement opéré pendant les années 1660-1680 a ainsi été sans lendemain : on estime à 6 ou 7 millions d’hectares la superficie des forêts dignes de ce nom à la veille de la révolution.

La révolution de 1789 entraîne des changements importants en matière forestière : le droit de chasse est aboli, les forêts royales et celles des émigrés (nobles en fuite à l’étranger) et du clergé sont nationalisées, les détenteurs d’office des Eaux et Forêts deviennent des fonctionnaires.

Mais cette époque est aussi morose pour les forêts que la période précédente. En 1789, les tables de marbre (juridictions forestières) disparaissent et la loi du 29 Septembre 1791 ne peut rétablir l’ordre. Pour les forêts domaniales et communales, elle met en place des règles qui s’avèrent insuffisantes et elle permet aux particuliers de disposer et d’administrer leurs forêts comme bon leur semble. L’absence de réglementation et le laxisme des contrôles, la venue des ruraux en forêt (coupe anarchique de bois de chauffage, pâturage…), les guerres stimulant la sidérurgie induisent de nouveaux défrichements, mais aussi et surtout un appauvrissement de la forêt française. Beaucoup de forêts particulières disparaissent, à tel point que les réclamations et les plaintes de la population qui craint de manquer de bois incitent le gouvernement à rétablir les anciennes défenses de défricher, d’où la loi du 9 Floréal An XI (1803). Des mesures de protection de la nature apparaissent dès 1810 avec la conservation et le reboisement des dunes et terrains de montagne.

En 1801, une nouvelle administration forestière est créée par la loi du 16 nivôse an IX (composée de gardes, brigadiers, inspecteurs et conservateurs, fonctionnaires et non titulaires d’une charge). Elle est dorénavant plus préoccupée de techniques sylvicoles que de simplement assurer la police de la chasse, de la pêche et de la forêt. Cette administration ne pourra malheureusement pas empêcher la surexploitation des forêts ainsi que la vente de nombreux biens domaniaux sous le premier empire. En 1827, à l’aube de la révolution industrielle, la forêt ne constitue plus que 16 % du territoire français, soit 7 à 8 millions d’hectares.

De 1827 à 1918

Il faudra attendre la fin du règne de Louis XVIII pour que s’opère un véritable redressement. La création de l’Ecole forestière de Nancy en 1824 et la promulgation du code forestier en 1827 marquent la naissance d’une administration, dont les traditions militaires, les prérogatives et les pouvoirs perdureront quasiment inchangés pendant 150 ans. Bien que nouvelle, cette administration des Eaux et Forêts se met en place selon le modèle de l’ancien régime, traduisant ainsi une « réminiscence de la féodalité ». Ses officiers vont se structurer en un corps d’Etat puissant, qui, par son idéologie et son influence, va encadrer les politiques rurales du XIXe siècle.

Le code forestier de 1827 qui voit le jour sous le gouvernement de Charles X, fruit de plusieurs années de concertation et de réflexion, se propose de « concilier les besoins de tous avec les droits de chacun » et « de ne soumettre l’indépendance de la propriété privée qu’à des restrictions commandées par un intérêt général évident ». Il précise que « la conservation des forêts est l’un des premiers intérêts des sociétés » notamment du fait qu’elles « protègent et alimentent les sources et les rivières » et « exercent sur l’atmosphère une heureuse et salutaire influence ». Il est pour partie toujours en vigueur en France.

Le nouveau code consacre le retour au droit commun : les principes libéraux sont maintenus (limitation des restrictions au droit de propriété), mais leur portée est strictement limitée. En s’inspirant de l’ordonnance de 1669, ce code prévoit entre autres :

la soumission des bois communaux au régime forestier ;
la restriction des droits d’usage dans les forêts domaniales ;
la remise en ordre des délimitations et bornages ;
la réglementation des coupes et des défrichements ;
l’interdiction du pâturage ;
l’obligation d’aménagement pour les forêts soumises.
En revanche, il ne prévoit pas (ou très peu) d’obligations pour les forêts privées, à l’exception notable des défrichements qui restent soumis à autorisation.

Il donne des armes juridiques nouvelles aux forestiers et renforce leur pouvoir. Selon une logique technocratique, les conservateurs des eaux et forêts définissent eux-mêmes la politique forestière à mener en s’appuyant sur la loi mais aussi sur la science pour imposer leur vision des choses. Fort de cet arsenal juridique, l’administration forestière naissante s’emploie dans la première moitié du XIXe siècle à lutter contre les servitudes et les droits d’usage. Cette politique d’aménagement forestier est contestée car elle se fait contre les besoins des populations rurales qu’elle stigmatise.

L’application rigide du code forestier a toutefois contribué à l’exode rural. Il prive en effet un certain nombre d’habitants de bois mort pour le chauffage, de feuilles mortes utilisées pour les animaux dans les étables ou comme engrais, de bruyères et de genêts qui servent de fourrage, du pacage pour le bétail et de la cueillette des baies et fruits sauvages et de champignons. Cela ne s’est pas passé sans heurts entre les forestiers et les populations rurales (« Guerre des Demoiselles » en Ariège en 1829 et 1830). Ce n’est qu’au début du XXe siècle que les agriculteurs et éleveurs trouveront des palliatifs au pâturage en forêt (plantes sarclées [pomme de terre, topinambours, raves...] pour l’alimentation des porcs, etc.).

On peut dire qu’au XIXe siècle apparaissent de nouveaux besoins. La demande en bois de feu diminue et la conversion des taillis-sous-futaie en futaie régulière devient réaliste à la fin de ce siècle. En revanche la demande en bois d’oeuvre, notamment pour la construction, augmente. Il en est de même pour les poteaux, les étais de mine, les traverses, les caisses et coffrages, le liège, la résine et la pâte à papier. Ainsi, on a non seulement conversion des taillis-sous-futaie en futaie feuillue, mais également transformation de certaines parcelles pauvres ou landes en futaie résineuse.

Tous les efforts de l’administration forestière pour restaurer la forêt française et augmenter sa surface auraient sans doute été vains sans l’apparition du charbon de terre au milieu du siècle. C’est lui qui va permettre de fournir par la suite une bonne partie du combustible tant pour la population que pour les industries. De même, la construction en métal des navires réduit la demande en bois.

A partir du milieu du XIXe siècle, on voit apparaître de grands reboisements (Sologne, Landes de Gascogne – 1 million d’hectares ! -, Compiègne, Orléans, boisements des terrains montagneux pour Fontainebleau, …) ainsi que les éviter l’érosion et la dégradation de montagnes alors trop peuplées. Cela induira le reboisement d’une surface totale voisine de 4 millions d’hectares. Le premier inventaire national permet de dire qu’en 1914, la surface forestière atteint environ 10 millions d’hectares

De 1918 à nos jours

La guerre de 1914-1918 a saigné à blanc les campagnes françaises. On a après cette guerre une recrudescence de l’exode rural et toutes les terres ne sont pas reprises par l’agriculture d’où des reboisements naturels et artificiels. C’est d’ailleurs en 1930 qu’apparaissent les premières peupleraies sur les stations les plus fertiles.

L’installation dans les villes (puis beaucoup plus tardivement dans les campagnes) du chauffage au charbon, puis au gaz, au fioul ou à l’électricité a fait énormément baisser au cours de ce siècle la demande en bois de feu. Ainsi, la conversion des forêts de plaine en futaie régulière a pu être entamée dans beaucoup de forêts.

Créé au lendemain de la seconde guerre mondiale, le Fonds Forestier National a contribué à boiser ou reboiser 2 millions d’hectares de forêt très majoritairement résineuse, gérée intensivement et artificiellement. Les résineux furent choisis pour leur forte productivité et pour répondre aux besoins de pâte à papier.

En 1975, le premier choc pétrolier fit qu’on s’intéressa de nouveau au bois de feu et les mouvements écologistes protestèrent avec véhémence contre des enrésinements massifs et exagérés. On revient donc de nos jours à une gestion plus patrimoniale et plus réfléchie avec l’émergence de nouvelles techniques comme le balivage intensif.

En ce qui concerne les institutions forestières, le début des années 1960 correspond à la création de l’ONF qui succède à l’Administration Forestière. Cela induit une modernisation des techniques. D’autre part, la création des CRPF (Régional de la Propriété Forestière ) et l’instauration des PSG (plan simple de gestion ) montrent l’intérêt croissant du législateur pour la forêt privée.

De nos jours, les massifs forestiers couvrent 27 % du territoire français, soit 15 millions d’hectares. Ils se composent notamment de 4,4 millions d’hectares (44 000 km²) de forêts publiques (plus 7,6 millions dans les départements d’outre-mer, pour l’essentiel en Guyane française).

D’après de nombreuses sources. Citons particulièrement Sylvain Godin (Quelques élements d’histoire forestière, 1996), Jacqueline Dumoullin (La protection du sol forestier, 1986) et Benoit Boutefeux (L’aménagement forestier en France, 2005).

 

Source :

http://foret.chambaran.free.fr/index.php?page=historique

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