Olivier Dassault contre un projet de type « center Parcs »

Posté par admin le 1 juillet 2009

Olivier Dassault chasse sur un air de lutte des classes

Le milliardaire fait son apparition dans une controverse opposant une commune de Sologne à de riches propriétaires.

Salbris, chef-lieu de canton du Loir-et-Cher. La superficie de Paris pour seulement 6000 habitants, des dizaines de milliers d’hectares de forêts, du gibier en abondance. Un titre informel de « capitale de la chasse », qui attire depuis près de deux siècles les grandes fortunes de Paris et d’ailleurs. Jadis venues bâtir des châteaux, elles repassent de temps à autres donner le coup de fusil en prospère compagnie.
Olivier Dassault, « dirigeant de sociétés », député UMP de l’Oise, fils de Serge et petit-fils de Marcel, est l’heureux propriétaire d’un domaine dans la commune solognote depuis une petite dizaine d’années.
En se portant acquéreur d’une seconde propriété de chasse, début 2009, le milliardaire à barbichette a rejoint la cohorte des empêcheurs de développer en rond, selon le maire -à barbichette lui aussi- de Salbris, Jean-Pierre Albertini (Modem). Salbris fut une des capitales de l’industrie de l’armement, lorsque Thomson et Giat Industries employaient quelque 2000 habitants de la région, avec Matra Automobile. Aujourd’hui, ces usines ont fermé, et Albertini, qui est aussi président de la communauté de communes, cherche à redynamiser le coin.
Un projet de type « Center Parcs » qui créerait des emplois
Cette propriété de 140 hectares boisés et giboyeux, le Bas-Boulay, Jean-Pierre Albertini la guignait pour un projet de parc touristique de 700 « cottages ». Un parc de type « Center Parcs » permettant, selon lui, de créer 60 à 80 emplois directs et 200 induits, et de rapporter à sa ville une partie du million d’euros de taxes envolé à la fermeture des usines. Quarante millions d’euros d’investissement privé pour un positionnement dans le marché de l’« or gris » (les activités des retraités). La commune de Salbris a donc préempté le Bas-Boulay.
A ce stade de l’article, le lecteur est prié de se munir d’un code des collectivités territoriales, d’un code de l’environnement, ainsi que d’une sélection d’ouvrages traitant du concept de « lutte des classes » (Guizot, Marx et suiveurs).
Jeudi 23 avril, l’avocat d’Olivier Dassault, Me Frédéric-Pierre Vos, plaidait contre la commune de Salbris au tribunal administratif d’Orléans, afin de faire annuler la préemption. (La préfecture a d’ailleurs soulevé une irrégularité dans cette préemption, qui serait du ressort de la communauté de communes.) Un autre avocat parisien, Me Patrick Tosoni, attaquait aussi la ville au nom de l’ancien propriétaire du Bas-Boulay. Ce dernier était d’accord pour vendre la propriété à la commune, avant qu’elle ne soit saisie sur ordre d’un créancier, le Crédit Agricole, puis vendue à Dassault.
Le maire : « Dès qu’on lance un projet, il est contesté en justice »
Contester la préemption fait partie de la stratégie de l’ex-propriétaire pour contester la saisie, explique en substance son avocat. Celui de la commune de Salbris, Me Camille Mialot, constate avec étonnement que les arguments avancés par les deux adversaires de la ville, Olivier Dassault et l’ancien propriétaire, sont similaires. A l’audience, les échanges furent « relativement vifs », selon les plaideurs. Jugement attendu sous quinzaine.
Cette vivacité au prétoire reflète la teneur des rapports entre la municipalité de Salbris et différents propriétaires de chasses. Jean-Pierre Albertini, le maire :
« Dès qu’on essaye de lancer un projet, on est contesté en justice. »

Ces dernières années, une plateforme logistique, une usine de traitement des bois pollués, l’aire d’accueil des gens du voyage, deux versions du Plan d’occupation des sols et le Plan local d’urbanisme ont été attaqués par différentes personnes (dont une bonne partie sont défendues par Me Vos), avec parfois des résultats étonnants.
« La caste des propriétaires du XVIe arrondissement à Salbris »
Pour la ville, c’est évident : l’avocat parisien exploite un lucratif filon en convaincant les propriétaires d’attaquer. Dans un mémoire « confidentiel » adressé à la presse nationale (la locale feuilletonne déjà de longue date sur le sujet), on peut ainsi lire que Me Vos « est très impliqué dans le milieu du XVIe arrondissement de Paris », et qu’il « motive des envies de contentieux » dans « la caste des propriétaires du XVIe à Salbris ».
Me Vos réfute totalement cette interprétation. Il estime avoir, au fil du temps, développé « une bonne connaissance des dossiers ». « Ces clients sont venus me chercher. Ce qui énerve le maire, c’est que je les gagne, mes dossiers. » Dans le mémoire fourni par la mairie, on constate que c’est inexact, et que plusieurs actions ont été perdues.
Pour l’avocat, le problème est ailleurs :
« Ce projet viendrait dévaster une zone Natura 2000, concernée par la Directive Oiseaux. Ils veulent creuser un étang de quinze hectares ! »

L’argument écologique est lancé. Un paravent, selon la mairie, qui ajoute que l’étang « fera moins de six hectares », et que le Bas-Boulay est justement « en tête de bassin », ce qui en ferait « le seul lieu propre à ne pas gêner les passages de grand gibier, l’habitat des batraciens et la flore ».
« Abattre trois hectares de chênes pour deux emplois de femmes de ménage »
Me Vos considère qu’il est désastreux de s’attaquer aux forêts salbrisiennes : « Salbris vit de la chasse. C’est comme si Anne d’Ornano, maire de Deauville, s’attaquait aux casinos. Et a-t-on le droit d’abattre trois hectares de chênes pour créer deux emplois de femmes de ménage ? »
Riveraine de Rue89 et membre de la partie « gauche et ouverture » de l’oppostion municipale, Aurélie Gillmann-Rignault (Modem) estime que « ce n’est pas parce qu’ils ne votent pas et ne paient pas d’impôts à Salbris qu’on ne doit pas tenir compte de l’avis de ces gens. En ne choisissant par le dialogue, Jean-Pierre Albertini a tendance à se mettre les gens à dos. »
Un des journaux locaux, Le Berry Républicain, a résumé l’affaire en une formule :
« Entre chasses façon 4X4 ou courses au supermarché façon Twingo, il va falloir choisir. »

http://www.rue89.com/2009/04/26/olivier-dassault-chasse-sur-un-air-de-lutte-des-classes-0

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