« Qu’on n’oublie pas qu’autrefois, des gens vivaient du bois et ce n’était pas pour s’amuser. »

Posté par admin le 12 août 2009

« Dans le bois des Harcholins à Niderhoff, il doit y avoir bientôt un Center-Park. Je ne sais pas qui viendra là, mais qu’on n’oublie pas qu’autrefois, des gens vivaient du bois et ce n’était pas pour s’amuser.

Autrefois presque tous les gens de Niderhoff vivaient du bois. En hiver ils étaient bûcherons, en été ils étaient flotteurs de bois. Il n’y avait guère que les enfants et les vieilles personnes, qui n’étaient plus forts, qui allaient travailler à la faïencerie ou bien à la tuilerie de Halmoze.
Les bûcherons se mettaient deux, trois ensemble, parfois cinq ou six, et des fois plus, ce qui fallait pour faire une coupe.
Quand ils partaient pour la première fois, c’était d’habitude un lundi vers la Toussaint ou bien la Saint Martin, ils emportaient leurs outils : des haches, des hachettes, des serpes, des scies, des grandes scies, des passe-partout, des limes, des tourne-à-gauche, des merlins, des coins en fer, de gros coins en bois, des tarières. Ils emportaient leurs vivres pour la semaine dans un gros sac de toile grise à leur dos. Chaque bûcheron portait son sac. Il avait des pommes de terre, une miche de pain, une livre de beurre, une bonne tranche de lard – les pauvres gens n’en avaient point -, du sel et des oignons. Ils emportaient aussi une marmite, une écuelle, une cuiller pour chaque homme, et puis un petit baril de dix, douze litres pour aller chercher de l’eau pour tout le chantier. Ils étaient chargés comme des mulets ; quand il fallait aller loin, parfois ils prenaient un chariot.
Le commis se trouvait dans la coupe. Quand c’était dans des bois du gouvernement, le garde-forestier y était aussi. Ces monsieurs-là marquaient tout de suite la place de la baraque. C’était le plus souvent sous les gros arbres ou bien contre une roche. Ils marquaient aussi les places de feu, où il n’y avait pas de danger de mettre le feu dans le bois.
On faisait tout de suite la baraque. Le commis marquait les arbres qu’il fallait. Pour commencer, les bûcherons coupaient trois arbres assez gros. C’était le plus souvent du bouleau ou bien du tremble, du bois qui ne se vendait pas cher. Un des trois arbres devait être fourchu par le haut. Les bûcherons dressaient les trois arbres qui se tenaient dans la fourche par le haut. Ils les écartaient par le bas, selon qu’ils voulaient faire la baraque petite ou grosse, qu’ils étayaient par le haut contre les premiers de façon à former une place ronde à l’intérieur. Entre deux arbres, ils laissaient de la place pour passer un homme, ça faisait la porte. La porte servait aussi de fenêtre et de cheminée. Ils mettaient par le dessus des arbres de petites branches de sapin, des « fossies » (arbres de la grosseur d’une baguette), des feuilles, de la mousse ou bien de l’herbe. Et puis ils faisaient un fossé tout autour de la baraque et ils jetaient la terre sur la baraque par le bas. Ça lui tenait chaud (ça l’isolait). Ils faisaient un coin de la baraque un peu plus haut que le reste avec des pierres. C’était la place pour faire le feu, c’était l’âtre.
Au-dessus de l’âtre, assez haut, ils mettaient une traverse de bois pour pendre leurs habits quand ils étaient mouillés. À côté de l’âtre ils mettaient une pièce de bois par terre au travers de la baraque. Quand la pièce de bois n’était pas grosse, ils la relevaient un peu avec des pierres. Ils laissaient comme un petit sentier entre l’âtre et la pièce de bois. La pièce de bois, c’était le banc ; les bûcherons se mettaient assis dessus pour manger et le soir pour fumer la pipe devant l’âtre. Ils remplissaient la place derrière le banc avec des feuilles et des fougères par le dessus ; c’était leur lit de camp. Dans la baraque ils plantaient plein de clous après les arbres pour pendre leurs sacs et leurs habits. Ils fermaient la porte avec un gros fagot de fossies qui joignait bien.
Avec les branches des arbres de la baraque les bûcherons faisaient tout de suite du feu. Ils épluchaient des pommes de terre, ils les mettaient dans le pot avec de l’eau. Et puis ils accrochaient au-dessus du feu le pot après une barre de bois qui posait sur deux fourches. Pendant que les pommes de terre cuisaient, ils se faisaient vite des petits morceaux de purée épaisse. Quand les pommes de terre étaient cuites, ils vidaient le bouillon sur des tranches de pain dans leur écuelle pour faire de la soupe. Ils écrasaient les pommes de terre dans leur pot avec leur pilon, après y avoir mis un peu de beurre. C’était leur purée. Ils mangeaient la soupe et la purée trois fois par jour, toute la semaine. Et ne croyez pas que c’est quelque chose de mauvais. Il y avait beaucoup de « millionnaires » (gens riches) qui demandaient à en manger quand ils étaient à la chasse. Ils mangeaient avec la cuiller du bûcheron, et ils s’en léchaient les doigts…

Début du texte : lo wolêge è Nindréhô / le flottage du bois à Niederhoff ; textes patois recueillis en Lorraine par L. Zéliqzon et G. Thiriot ; 1912″

Source (avec texte en patois):

http://patoisantlorrain.skyrock.com/2004562229-le-boreque-des-boqu-yons-la-hutte-des-bucherons.html

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