« Le Touquet une embrouille immobilière exemplaire ». Quand Mr Brémond et Pierre et Vacances se montraient sous leur vrai visage

Posté par admin le 18 décembre 2009

Le Touquet une embrouille immobilière exemplaire

Publié le 22/06/1996 N°1240 Le Point

Voici comment au Touquet, au milieu de dunes sauvages, sur un terrain communal à l’origine non constructible, près de 200 appartements pour vacanciers vont être construits, en dépit de la loi Littoral, du Code forestier et de l’avis contraire du ministre de l’Environnement. Une tortueuse et exemplaire histoire de détournement de projet

D ‘abord les faits, dans leur sécheresse, leur précision et leur chronologie.| 15 septembre 1958 : frappés d’une interdiction de construction, 54 hectares de dunes sis à « la pointe du Touquet » sont cédés par l’Etat à la Ville.

4 mai 1988 : Léonce Deprez, maire du Touquet, député UDF et vice-président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais – par ailleurs actuellement l’objet d’un très sévère réquisitoire de la chambre régionale des comptes – accorde un permis de construire sur le site en question à deux promoteurs lillois, les frères Salomon. Objet : un complexe paramédical, avec 132 chambres, autour d’un centre d’« isothérapie », défini par le maire lui-même comme une « unité antistress ». Cette désignation pseudo-médicale a-t-elle été choisie pour mieux faire passer l’opération sous les fourches caudines de la récente loi Littoral ? C’est en tout cas au nom de son aspect thérapeutique que la Commission des sites donnera ultérieurement son feu vert au projet.

24 octobre 1988 : le tribunal administratif de Lille annule le permis, jugé non conforme au POS (plan d’occupation des sols) et à la loi Littoral. Le maire décide alors de modifier le POS (air bien connu des lecteurs du Point : un simple vote du conseil municipal autorise, depuis les lois de décentralisation, les élus à changer la « règle » pour l’adapter à leurs ambitions immobilières).

4 avril 1990 : l’Etat renonce à son interdiction de construire et reçoit en échange de la commune une soulte de 67 000 francs.

3 novembre 1992 : la Ville consent à la société Isos-Le Touquet des frères Salomon (celle du centre d’« isothérapie ») un bail à construction d’une durée de 70 ans moyennant un loyer unique de 4,25 millions de francs.

11 février 1994 : signature, autour du terrain Salomon, d’une promesse de vente entre cette fois la Ville et… Pierre & Vacances, numéro un français de l’immobilier de loisir. Explication : le projet Salomon n’a pas trouvé de financement et Léonce Deprez a appelé à la rescousse ce grand promoteur. Prix de cession : 4,25 millions, soit exactement celui du bail concédé deux ans auparavant et qui permettait alors à la commune de rester propriétaire d’abord du terrain, puis, à l’issue du bail, des constructions réalisées.

Décidément fort généreuse, la municipalité s’engage à prendre à sa charge les travaux de viabilisation et accepte, de surcroît, de privatiser la route de corniche au profit du promoteur.

16 juin 1994 : Pierre & Vacances, qui n’a que faire d’un centre paramédical et entend bien réaliser à sa place 182 appartements (grosso modo 10 000 mètres carrés de surface nette construite), dépose un nouveau permis de construire.

12 juillet 1994 : en 26 jours à peine – un record ! – la demande est instruite et l’autorisation accordée. Reste à éviter les recours, donc à masquer au public et à certaines administrations la métamorphose du centre paramédical, entre-temps dénommé Isos, en opération immobilière. On fait donc afficher sur place un panneau annonçant mensongèrement la construction… du centre d’isothérapie (voir photo de la page suivante). D’autre part est inscrite au-dessous non pas la hauteur réelle de la construction, soit 22 mètres (28 mètres au plus haut), mais la hauteur à la gouttière, désignée ici « hauteur à l’égout », soit 14 mètres. On diminue ainsi de moitié la vraie dimension de la résidence. Toujours dans le même esprit, le projet affiché en mairie annonce la création d’un « centre de remise en forme… centre Isos », en fait une salle de culture physique en sous-sol. La DDE ferme les yeux…

8 novembre 1994 : délivrance d’un permis modificatif déposé seulement 20 jours auparavant. Pierre & Vacances augmente de 182 à 194 le nombre des appartements prévus et réduit la superficie de la salle de gymnastique.

20 avril 1995 : délivrance d’un second permis modificatif. Cette fois, des recours sont déposés à son encontre : nombre d’habitants, au Touquet, finissent par soupçonner quelque supercherie.

18 juin 1995 : Léonce Deprez, à qui une bonne moitié de ses concitoyens reprochent – entre autres – de laisser bétonner au-delà du raisonnable leur ville, par ailleurs très endettée, est battu au second tour des municipales par Philippe Cotrel et une équipe opposée au projet Pierre & Vacances.

23 juin 1995 : juste avant la prise officielle de fonction du nouveau maire, Léonce Deprez, qui, décidément, semble tenir énormément à la réalisation du projet, rejette les recours gracieux déposés contre le second permis rectificatif.

Juillet-aoÛt 1995 : à l’initiative de l’association SOS-Environnement, une pétition contre le projet recueille 12 000 signatures, du jamais vu au Touquet.

21 aoÛt 1995 : le nouveau maire, Philippe Cotrel – qui a consulté des juristes – signe un arrêté retirant le dernier permis pour cause d’illégalité. Il espère ainsi remettre en question toute l’opération. Précisons ici que, dans sa profession de foi, la nouvelle équipe municipale milite explicitement pour « la sauvegarde de tous les espaces verts et dunaires encore existants ».

9 octobre 1995 : « contre-attaque » de Mme le Sous-Préfet de Montreuil-sur-Mer, qui estime illégal l’arrêté de Philippe Cotrel, et lui demande par écrit de rétablir le permis en faveur de Pierre & Vacances.

20 décembre 1995 : stupeur ! Reniant sa signature, le nouveau maire officialise un « deal » avec Pierre & Vacances ; le projet se fera et il en « facilitera la réalisation ». Explication plausible : malgré l’avis de ses conseils, le « novice » Philippe Cotrel est intimidé par l’autorité préfectorale ; il l’est encore plus par les lourdes indemnités de dédit que le promoteur lui réclame ; il préfère négocier.

26 décembre 1995 : saisie par SOS-Environnement, Corinne Lepage, ministre de l’Environnement, lui répond que le complexe en question, alias centre d’isothérapie, est « un ensemble immobilier d’envergure dont la réalisation serait en contradiction avec la qualité de l’espace littoral concerné ». Elle déclare donc donner des instructions au préfet afin d’« éviter la réalisation de ce projet » (voir, page précédente, la photocopie de l’extrait de cette lettre).

Mars-mai 1996 : le préfet ne bougeant pas, SOS-Environnement, un groupe de Touquettois et, à titre personnel, un avocat polytechnicien, Eric Delattre, déposent devant le tribunal administratif de Lille un ensemble de recours visant à faire annuler toutes les autorisations estimées par eux irrégulièrement délivrées. Leur motivation : « Faire triompher la morale et le droit sur la ruse et la tromperie »…

Ambition noble mais démesurée par les temps qui courent ! En effet, la succession de faits que nous venons de dérouler n’est que la partie émergée de l’iceberg. La partie immergée, elle, n’a guère de chance d’apparaître à la lumière de la vérité. Raison de plus pour au moins poser des questions.

Par exemple : pourquoi, en 1994, Léonce Deprez s’est-il montré si munificent à l’égard de Pierre & Vacances alors que l’année suivante, devant la nouvelle municipalité, le promoteur acceptait de prendre à sa charge 4,5 millions de travaux de viabilisation (que, sinon, les Touquettois auraient eu à payer) ? Comment le « contrôle de légalité » (préfet ou sous-préfet) a-t-il pu laisser passer tant de désinformation sur la métamorphose du centre d’isothérapie en résidence immobilière ? Que s’est-il vraiment passé pour que le nouveau maire recule si vite, du retrait du permis de construire à l’acceptation du projet ? Pourquoi les administrations compétentes n’ont-elles pas mieux protégé ces dunes sauvages ?

A l’exception du préfet, dont le mutisme est peut-être lié à l’obligation de réserve, les protagonistes de ce roman nous ont répondu avec une grande courtoisie. Léonce Deprez, rêvant – comme s’il était toujours maire – à « son » futur mais hypothétique port de plaisance, qu’il voudrait accoler à ces dunes, nous jure que la résidence Pierre & Vacances trouve sa pleine justification dans l’existence même de ce port ; mais qu’elle aurait été, ici – « croix de bois, croix de fer » – la seule, l’unique construction à venir. Magnifique offrande à un promoteur que cette absolue « solitude »-là, et ce dernier n’a pas manqué de l’exploiter dans sa publicité commerciale. Apprenons néanmoins à nos lecteurs ce que le même Léonce Deprez déclarait le 7 février 1990 devant la Commission des sites : « Le complexe d’isothérapie est d’ailleurs le premier maillon d’un aménagement qui a pour but de valoriser la presqu’île dans un style un peu rétro qui rappellerait le Touquet d’avant guerre. » Sans commentaire.

Invoquant la qualité architecturale de son oeuvre et la crise immobilière, Gérard Bremond, PGD de Pierre & Vacances, réfute, lui, l’idée du moindre « cadeau » de la part de l’ancien maire. Et s’il consent à payer plus cher à l’actuelle municipalité son « ticket d’entrée » au Touquet, c’est qu’il lui paraît impossible de mener à bien sa résidence en état de conflit permanent avec le nouveau conseil.

Quant au nouveau maire, il nous déclare que, s’il a fait machine arrière, c’est qu’il s’est senti lâché par l’administration de l’Etat, et que les caisses complètement vides de la Ville ne lui permettaient pas de payer jusqu’à 12 millions de francs d’indemnités exigés par le promoteur. Mais des juristes et même la direction régionale de l’environnement (Diren) estiment qu’il a bien tôt refusé le combat juridique.

Pour expliquer, enfin, l’attitude timorée de l’administration face à l’élu, il faut savoir qu’il y a dix ans Léonce Deprez et les services de l’Etat étaient convenus de faire là un port. Quand, par la suite, il s’est agi de dresser la liste des zones naturelles remarquables devant être protégées par la loi Littoral, les scientifiques n’ont pas retenu ce superbe site, qu’ils pensaient promis à la construction.

« L’aberration, dit-on aujourd’hui à la Diren, c’est que la ZAC est abandonnée et qu’il ne reste plus que le projet Pierre & Vacances, qui n’a plus aucune justification. Pis, il contrevient à la loi Littoral, puisqu’il n’est pas en continuité avec la zone urbaine. » Se sentant aujourd’hui floués, les services de l’Etat peuvent cependant brandir une dernière arme. Pour terminer en effet le défrichement de son terrain, Pierre & Vacances a besoin d’une autorisation. Or la direction départementale de l’agriculture nous a fait comprendre qu’elle n’était pas prête à l’accorder. Reste que le promoteur a quand même entamé les travaux.

Ainsi disparaissent peu à peu, en cette fin de siècle, malgré les lois, le discours convenu, malgré même les votes des habitants, les sites privilégiés des côtes françaises.

Source:

http://www.lepoint.fr/actualites-economie/1996-06-22/le-touquet-une-embrouille-immobiliere-exemplaire/916/0/104824

 

Voir également ici:

http://chambarans.unblog.fr/2009/08/20/pierre-et-vacances-fait-punir-lourdement-le-touquet-apres-un-refus-legitime-cout-pour-la-population-2-733-000-e/

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