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Lettres d’une riveraine au président du Conseil Général de L’Isère et à la FRAPNA

Posté par admin le 29 septembre 2010

Monsieur,

Dans le numéro 110 d »Isère Magazine, vous consacrez votre éditorial à la biodiversité. Ce thème est ensuite largement développé dans le journal. Pour ne citer que l’article  » les actions du conseil général « , je relève des titres intéressants :
- une flore protégée,
- des corridors biologiques,
- halte au bétonnage,
- des routes sécurisées,
- eau et sols sous surveillance,
- les pièges mortels pour animaux neutralisés.

Le conseil général incite ensuite les Isérois conscients à adopter un comportement de  » bio acteur « . C’est incontestablement une bonne initiative. Pour de nombreuses actions suggérées je m’aperçois que, sans le savoir ! j’étais déjà une bio actrice.

C’est, entre autres, ce souci de la protection d’une nature encore relativement épargnée dans les Chambarans qui m’a incitée, avec d’autres personnes soucieuses de l’avenir, à adhérer à l’association  » pour des chambarans sans center parcs « .

Je ne comprends pas comment, avec une aussi bonne analyse des dangers qui menacent la terre et en l’occurence notre région, le conseil général a pu apporter son appui, et ses finances, au projet de Center Parcs monté par Pierre et Vacances. Cette société se prétend attentive à l’environnement, la nature recréée dans ses centres serait encore plus belle que la  » vraie  » nature.

Pourtant la destruction d’une partie de la flore et des zones humides et le danger que cela fait courir à l’hydrographie du département de la Drôme, la pertubation des couloirs biologiques, le bétonnage de quelques dizaines d’hectares, la circulation accrue sur des routes inadaptées, le piège mortel que constitue l’aquamundo pour les oiseaux dont on craint, qu’attirés par la lumière, ils n’aillent s’y écraser, tout, sans parler du gaspillage de l’eau et de l’énergie, va à l’encontre du souci du conseil général de transmettre  » une terre vivante aux générations futures « .

Les différents rapports dont celui de la commission  » environnement  » de la région Rhône-Alpes, rapports tous très bien documentés, pointent les attaques irréversibles que cette opération constituerait contre l’environnement.

Les partisans du projet objectent qu’il va créer des emplois. Mais peut-on générer n’importe quel emploi et à n’importe quel coût ? Pourquoi alors ne pas recréer des  » ateliers nationaux  » comme en 1848, dont on dit que pour fournir du travail aux ouvriers on faisait creuser un trou à certains que d’autres rebouchaient ensuite ? Cela ne servirait à rien mais au moins la nature, l’environnement, la vie des habitants des Chambarans et au delà, n’en serait pas dégradés. Trève de persiflage le problème est trop grave pour qu’on en plaisante. Je connais les difficultés de la région en matière de chômage, j’ai suivi le combat des travailleurs de Saint Siméon pour conserver leur entreprise, sans succès. Mais est-ce normal, alors même que la  » droite  » parle d’équité et de suppressions de niches fiscales, que ce soit  » la gauche  » qui aide des spéculateurs à investir dans un immobilier défiscalisé ? Les millions généreusement octroyés par les conseils régional et général, par la communauté de communes, par la commune et autres organismes publics ne permettraient-ils pas de créer des emplois stables correctement rémunérés et utiles à la société ? On manque de maisons de retraite, de lieu d’accueil pour les malades d’Alzheimer ou pour les enfants en difficultés, le tourisme à l’échelle humaine n’est pas encouragé : les baigneurs du lac de Roybon se transforment en petits hommes verts à cause des algues et les pêcheurs voient les truites disparaître dans la vase qui encombre le fond. La petite association équestre de Roybon survivrait difficilement à la perte d’une partie de ses lieux de promenade et les Grenoblois ne pourraient plus venir  » aux champignons ou aux muguets « . Le plateau de Chambaran reste une terre agricole et il y a certaiement des activités à développer dans ce secteur.

Une partie du domaine public serait cédée à vil prix à une société privée. La forêt des Avenières appartient à la commune donc à la collectivité. L’histoire de Roybon est jalonnée de combats menés par les habitants contre les seigneurs ou contre les communautés voisines pour défendre leurs droits sur ces forêts. Peut-on accepter que plus de six cents ans de jouissance soient ainsi rayés d’un trait de plume ?

Je pense qu’il est encore temps pour que le conseil général n’apparaisse pas, dans le futur, comme le fossoyeur des Chambarans et je compte sur votre lucidité, et celle de vos collègues, pour que vous remettiez en cause l’appui que vous pensiez apporter à Pierre et Vacances.

Je vous prie d’agréer mes meilleures salutations.

Source:

http://www.pcscp.org/spip.php?article64

 

Monsieur ou Madame,

Sur votre site Internet, vous mettez en avant  » le travail de négociation ardu et ingrat  » que vous menez,  » dans le cadre des mesures compensatoires « , aux dommages causés par l’implantation du Center Parcs de Roybon.

L’évocation même de compensations atteste de la nocivité de ce projet.

Comment, entre autres, la réhabilitation du Grand Albert dans les Bonnevaux, le reboisement de quelques hectares ici ou là, pourraient-ils compenser le pillage de l’eau dans la nappe phréatique de la Bièvre, le bétonnage de la campagne pour implanter des résidences de loisirs quand rivages et montagnes sont déjà défigurés par les promoteurs ?

Quels dédommagements pour les habitants de Roybon et des campagnes et villages environnants, face au bruit, à la pollution, aux risques d’accidents sur des routes inadaptées, causés par deux à trois milliers de véhicules par semaine ?

Quelles compensations à la mort programmée d’une forêt de deux cents hectares et de la flore et de la faune qu’elle abrite ? Peut-on accepter qu’une forêt, libre d‘accès depuis la fin du 13ème siècle, soit encerclée de clôtures pour le seul bénéfice de Pierre et Vacances et des spéculateurs qui y achèteront leur cottage ?

Dans votre courrier à Mr Bigotte, commissaire enquêteur, vous êtes beaucoup plus circonspects. Je remarque cependant que, si comme beaucoup d’autres, vous êtes très attentifs aux zones humides, à la flore et à la faune, il n’y a aucune réserve concernant les habitants. Que ne sommes-nous des écrevisses à pattes blanches, nous serions infiniment mieux protégés !

« L’intérêt économique et social « aurait « prévalu « dans l’accord que vous apportez à Center Parcs. Mais, ce me semble, les acteurs économiques et sociaux de la région grenobloise, et en particulier la chambre de commerce, étaient favorables à la roccade, or, cela n’a pas gêné votre contestation. Sans doute avez-vous eu raison. Pourquoi deux poids deux mesures ?

L’argent public ne pourrait-il pas être mieux utilisé que dans la construction de ce centre de vacances dont les bénéfices iront dans la poche de Pierre et Vacances ou des investisseurs immobiliers, pendant que les coûts seront pris en charge par la collectivité ? Ne vaudrait-il pas mieux encourager le tourisme à l’échelle humaine alors que que les pêcheurs du lac de Roybon voient les truites disparaître dans la vase qui encombre le fond et que les baigneurs se transformaient en petits hommes verts à cause des algues ?

Des lieux d’accueil pour les citadins ? pourquoi pas, mais pas mille cottages derrière des barrières, avec une  » bulle  » chauffée, air et eau, en permanence à 29 degrés, des palmiers et autres arbres des forêts tropicales, un mépris total de la réalité qui amène à aménager une ferme à montrer aux enfants, alors qu’il y en a encore des  » vraies  » dans les Chambarans. Par ailleurs on manque de maisons de retraite, de lieux d’accueil pour les malades d’Alzheimer ou pour les enfants en difficultés. Ce serait de vrais emplois qui seraient ainsi créés tout en apportant un service au public.

Et si, au lieu d’essayer, douloureusement, de chercher d’impossibles compensations à un projet destructeur, vous reveniez à ce qui était jusque là votre objectif : la défense de la nature, de l’environnement, de la biodiversité ? Vous demandez à chacun de devenir des « sentinelles de l’environnement « . J’ai essayé de jouer ce rôle, et, dans l’espoir que vous voudrez bien tenir compte de mes remarques, je vous prie d’agréer mes salutations.

Source:

http://www.pcscp.org/spip.php?article65

 

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