- Le tourisme, un atout formidable pour la France

Posté par admin le 29 juin 2011


Le tourisme, un atout formidable pour la France

29 juin 2011 :Le tourisme, un atout formidable pour la France( rapport d’information )
Table ronde n° 3

Le renforcement de l’offre de séjours touristiques :
encourager les investissements en formule « tout compris »
et hôtels clubs

Jeudi 19 mai 2011

Réunie le jeudi 19 mai 2011 sous la présidence commune de MM. André Ferrand, rapporteur spécial, et Michel Bécot, président du groupe d’études sur le tourisme et les loisirs, la mission d’information a procédé à une table ronde réunissant MM. Christian Mantéi, directeur général et Philippe Maud’hui, directeur de l’ingénierie d’Atout France, Olivier Colcombet, président du conseil d’administration de Belambra, Christophe Des Roseaux, collaborateur du pôle investissement à la direction du développement territorial et réseau du groupe Caisse des Dépôts, Richard Livet, responsable du tourisme chez Oséo, Gérard Brémond, président de Pierre et Vacances, Thierry Orsoni, directeur de la communication et Mme Amandine Morel, directrice de la stratégie du Club Med.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Je vous remercie de votre participation à cette table ronde sur le renforcement de l’offre de séjours touristiques : encourager les investissements en formule « tout compris » et hôtels clubs.

Le tourisme demeure un des comptes excédentaires (8 milliards d’euros) de la balance paiements. Mais il se situe à son niveau le plus bas depuis 1997, les dépenses des touristes étrangers en France baissant plus fortement que celles des Français à l’étranger (moins 7,9 % contre moins 5,4 %).

Le défi majeur à relever réside donc dans le maintien de l’attractivité et la compétitivité de la France dont la part dans les recettes du tourisme international baisse (6,4 % en 2000 et 5,7 % en 2009), alors que l’Espagne réussit à maintenir la sienne (6,3 % en 2000 et 6,2 % en 2009).

Par ailleurs, entre 2007 et 2009, les investissements effectués dans le tourisme ont reculé de 10 à 7 milliards d’euros, soit une valeur inférieure à ceux de l’Espagne. Hormis le secteur de la montagne, il faut souligner un net « désinvestissement » dans la petite hôtellerie.

Atout France et les professionnels du tourisme ont identifié un problème structurel d’offre en ce qui concerne la clientèle internationale familiale ; il s’agit des séjours en formule « tout compris » en « resorts » ou hôtels clubs. Ces visiteurs étrangers, en particulier d’Europe du nord, privilégient l’Espagne dans leur choix de destination.

Il s’agit d’un enjeu majeur en matière d’emplois et de recettes. En effet, les touristes étrangers effectuent des séjours courts en France qui s’apparentent davantage à un tourisme « de passage » qu’à un tourisme « de séjour ». Ainsi, la France est passée du 5ème au 10èmerang de la destination choisie par les Britanniques pour les longs séjours en famille.

Il apparaît donc nécessaire que cette table ronde, mettant en présence investisseurs et opérateurs, permette :

- d’établir un constat partagé des causes des faiblesses françaises en matière d’investissement touristique ;

- d’identifier les freins à l’investissement ;

- d’encourager le développement d’une offre de longs séjours familiaux adaptée au contexte environnemental et culturel.

Cette liste de questions n’est certes pas limitative, mais, pour la bonne organisation des échanges je vous propose dans un premier temps de vous exprimer sur ces trois points. Je souhaiterais que vous puissiez formuler vos observations et propositions, les plus concrètes possibles, qu’elles soient législatives ou réglementaires, mais également de nature économique, voire technique.

M. Michel Bécot, rapporteur, président du groupe d’études du tourisme et des loisirs. – Je m’associe aux propos de mon collègue André Ferrand. La première industrie en France, le tourisme, manque de moyens. Puisque la commission des finances se penche sur ce dossier, nous voulons partager avec elle le fait que le tourisme est important.

Je souhaiterais que nous réfléchissions à une vision globale du tourisme car tout le monde, notamment les départements et les régions, semble s’en occuper mais, finalement, l’Etat y consacre un budget très restreint et ne dispose plus de possibilité d’intervention.

Je ne suis pas contre la décentralisation, mais je pense que le tourisme doit conserver, au niveau national, une enveloppe suffisante pour promouvoir à l’international la « destination France ».

Les contrats de plan Etat-région qui existaient autrefois et qui permettaient aux régions de se développer n’existent plus aujourd’hui. Les régions n’interviennent plus que sur des petits budgets, des broutilles, qui ne sont pas suffisants pour faire connaître la France sur le plan international.

Je souhaiterais que ce rapport permette d’ouvrir des voies pour l’avenir et de retrouver des capacités financières au niveau national.

M. Christian Mantéi, directeur général d’Atout France. – Les questions sont posées : le niveau d’investissement en France est souvent très inférieur à celui de nos concurrents. Il est révélateur de l’état de notre tourisme et des difficultés que nous aurons pour créer de la croissance. Celle-ci ne se crée pas seulement par le niveau de consommation, il faut commencer en amont par le niveau de l’investissement, qui entraîne de la consommation et qui crée donc de la valeur. Autour de l’investissement, sont posées des questions concernant l’offre. Il ne nous sera pas possible d’être à la hauteur des enjeux de demain si l’offre n’est pas renouvelée, adaptée, novatrice, avec des nouveaux projets.

Vous avez évoqué le chiffre de sept milliards d’euros ; même si nous retrouvons le niveau de dix milliards d’euros, nous sommes très en deçà du nécessaire. Sur ces dix milliards d’euros, une bonne partie est destinée à Paris-Ile-de-France, en particulier dans l’hôtellerie. Les nouveaux entrants dans la catégorie cinq étoiles et palaces investissent dans un seul hôtel près de cent millions d’euros. Cela va très vite à Paris et en Ile-de-France, mais plus lentement à la campagne, à la montagne et sur le littoral. Je citerai l’exemple de la Russie, qui va ouvrir, dans le Caucase, deux stations de sports d’hiver avec un « ticket d’entrée » de 25 milliards d’euros. Cela donne une idée de notre niveau d’investissement !

M. Gérard Brémond, président de Pierre et Vacances. - Je vous remercie de nous avoir conviés à cette réunion. J’apprécie la volonté pragmatique et opérationnelle que vous avez exprimée. L’intention y est, l’action est possible pour les parlementaires et l’exécutif. La première chose en ce qui concerne la vision touristique globale de la France, c’est que nous manquons cruellement en France de ce qui est acté dans un grand nombre de pays – l’Espagne, le Maroc – c’est-à-dire un plan stratégique, un véritable « business plan » pour le tourisme français. Nos projets comportent très peu de mises en place opérationnelles et stratégiques consolidées. Au niveau de l’offre, il y a un manque de stratégie générale.

Il y a des actions positives et très favorables pour certains secteurs du tourisme, mais pas de vision stratégique globale en matière d’aménagement du territoire et de formation. En Espagne, le système n’est pas initié par l’Etat, mais par les régions et les opérateurs professionnels. L’élaboration de ces plans se fait de façon très interactive avec l’Etat pour élaborer quelque chose qui fasse l’objet d’un consensus et permette d’aboutir à la mise en oeuvre de plans d’action.

Le deuxième point très important est la promotion. Depuis de nombreuses années, je déplore que les budgets de promotion soient totalement insuffisants. Le budget de promotion de la Costa Del Sol est équivalent à celui de la France ! Le budget de promotion de l’Espagne représente cinq fois celui de la France !

Atout France est très efficace dans son action pour générer des partenariats privés et des partenariats région/départements. Il y a certes le budget de l’Etat, mais un certain nombre d’idées avaient été émises pour faire en sorte que le budget de promotion d’Atout France soit abondé par d’autres recettes émanant des autoroutes, des aéroports, de la taxe de séjour. On pourrait s’intéresser également aux recettes de l’Internet, comme en Scandinavie. Il y a probablement d’autre idées à trouver que le seul budget de l’Etat, c’est un chantier fondamental, les moyens sont insuffisants.

S’agissant de l’offre, les contraintes portent sur deux sujets : le neuf et l’ancien. Par ailleurs, l’immobilier de loisirs ou touristique se divise en deux catégories : la résidence secondaire (ou meublé traditionnel) et la résidence de tourisme. Le rapport « Rivière », sorti il y a environ un an, dresse un très bon inventaire de dispositions incitatives. Malheureusement, le temps, et peut-être les moyens, ont manqué pour mettre en place un certain nombre de ces incitations. Le nouveau ministre en a fait un chantier qui avait démarré vigoureusement, mais qui semble maintenant en sommeil.

C’est un problème fondamental. Il y a en France un million de meublés traditionnels, dont beaucoup sont en très mauvais état et qui se dégradent. Beaucoup de résidences secondaires sortent du secteur marchand en raison de leur obsolescence et du manque d’incitation des propriétaires à rénover.

Le chantier prioritaire est donc la rénovation de l’ancien. Nous comptons trois millions de résidences secondaires en France dont un million mises en location de manière épisodique, l’incitation doit être fiscale, financière, réglementaire.

Sur le neuf, il y a plusieurs typologies des produits. Le « tout compris » est une formule qui a beaucoup de succès, en particulier auprès des clientèles nord européennes. Plus ou moins de prestations sont incluses dans le prix de l’hébergement. De ce point de vue, le territoire français est très insuffisamment équipé par rapport à l’Espagne et au Maroc. La résidence de tourisme déclinée sous la marque « Center Parcs » permet de créer des destinations dans la France rurale, c’est-à-dire qu’on ne s’adosse pas au balnéaire ou au massif montagneux. Dans ces campagnes, nous créons de véritables destinations avec un volet environnemental proche de la nature et également du tourisme hors sol, avec 25 000 à 30 000 m² d’espaces couverts. Il s’agit d’équipements dont l’icône est l’aquadôme. Il permet de pratiquer toute l’année des activités de loisirs et sportives quelles que soient les conditions climatiques. C’est un Hollandais qui a créé Center Parcs il y a quarante ans. Pierre et Vacances l’a beaucoup développé après l’avoir racheté. Le parc ouvert sur le lac d’Ailettes dans l’Aisne représente un investissement de 300 millions d’euros. En mai 2010, nous avons inauguré un nouveau Center Parcs en Moselle pour un investissement équivalent et d’une capacité d’accueil de 4 000 à 4 500 lits. Nous sommes en train d’en implanter un autre dans la Vienne. Des discussions sont en cours dans la région Rhône-Alpes.

Ces investissements ont été réalisés récemment, grâce à une conjonction favorable des contributions privées et publiques. D’un côté, une marque forte, Center Parcs, avec un taux d’occupation d’environ 85 % sur toute l’année, dans des sites où la spéculation foncière n’a pas alourdi la réalisation des opérations. La partie concernant les équipements est financée par des institutions telles que la Caisse des Dépôts ou d’autres groupes privés. Les groupes privés investissent grâce aux incitations fiscales « Censi-Bouvard » ou « de Robien » qui permettent la rénovation, mais aussi la création, des résidences de tourisme.

Les opérations aboutissent grâce à la conjonction d’opérateurs privés solides et professionnels et une coopération avec les pouvoirs publics. Nos principaux collaborateurs publics sont les départements ; ces derniers sont absolument fondamentaux dans le domaine de la recherche foncière, du financement des infrastructures primaires et secondaires, de la contribution aux équipements, de la formation, de la promotion… Nous avons beaucoup de projets qui prouvent que l’on peut faire des investissements en France dès lors que les conjonctions public/privé sont réunies. Le problème qui se pose aujourd’hui est l’incertitude et l’absence de visibilité face aux échéances futures. Nous avons actuellement un avantage fiscal, appelé « Censi-Bouvard », qui permet à la fois des opérations de rénovation lourdes et la création de villages tels que Center Parcs. Ce crédit d’impôt a été ramené à 18 %, au lieu de 25 %, suite au « coup de rabot » sur les niches fiscales intervenu en loi de finances pour 2011.

Une grande incertitude plane sur ce qui va se passer en 2012 et plus encore sur ce qui se passera après. Nous avons des projets, notamment un « village nature » sur 500 hectares dont la mise en oeuvre est conditionnée par l’appel à l’épargne des particuliers au moyen des réductions d’impôt. Les parlementaires, particulièrement les sénateurs, vont jouer un rôle important dans les débats à venir. Le terme de ces dispositifs est fixé à 2012. Nous ne savons pas ce que nous pouvons engager et n’avons aucune visibilité sur les années 2013 à 2015. Or ces opérations demandent trois à cinq ans pour se réaliser. Cette instabilité fiscale est un des grands problèmes de l’investissement.

Depuis les cinq dernières années, dix mille appartements ou maisons se sont créées chaque année, c’est le seul secteur qui a connu, outre les palaces, une progression régulière.

Les autres freins à l’investissement sont les contraintes liées aux autorisations administratives et les recours administratifs. Les instructions du « Grenelle de l’environnement » alourdissent considérablement les délais d’obtention des autorisations administratives. Quant au recours administratif, d’un voisin, d’un écologiste, d’un électeur déçu, il est devenu un sport national ! Il faut faire un travail sur les recours abusifs et leurs conséquences, c’est un élément structurel de l’investissement. Notre projet dans l’Isère – 800 emplois et 300 millions d’euros d’investissement – est bloqué car un écologiste déçu par les résultats des élections européennes a créé une association et a déposé un recours. Il y a quand même des choses qui marchent, mais avec des difficultés à surmonter. Les trois facteurs que sont l’instruction administrative des dossiers, les recours et l’instabilité fiscale ne vont pas dans le sens d’une croissance de l’investissement, mais plutôt dans celui d’un gel de ceux-ci. Nous avons donc besoin du soutien des parlementaires.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Vous avez évoqué le besoin d’un plan global stratégique et l’insuffisance des budgets de promotion. Vous avez listé quelques possibilités de recettes en dehors des recettes publiques : j’ai noté la taxe de séjour et des recettes autoroutières. Avez-vous d’autres pistes ?

M. Gérard Brémond. – Ces pistes me semblent intéressantes. En ce qui concerne la taxe de séjour, dans l’état actuel de sa configuration, cela me semble très difficile, sauf à y ajouter une taxe supplémentaire qui alourdirait l’addition payée par les consommateurs. Ce qui est très choquant, c’est que, en dehors de certaines sociétés comme Aéroports de Paris et Air France, qui interviennent souvent en partenariat avec Atout France, il n’y ait aucun autre contributeur pour la promotion de la France à l’international. Les autoroutes, les aéroports, la SNCF doivent être des contributeurs naturels.

M. Christian Mantéi. – Nous avons deux projets : le site Internet lui-même, qui est une refonte d’un site qui existe déjà. Réaliser la refonte d’un site est normal, cela fait partie de notre travail. En revanche, ce qui peut être une révolution, c’est de réaliser une plateforme numérique « d’infomédiation » qui serait un outil à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui. Avec une capacité de faire du marketing, on pourra développer toutes les applications que pourront utiliser les visiteurs. Je rappelle que nous avons hérité, avec « Maison de la France », de quinze sites, de langues différentes, comptabilisant 23 millions de visiteurs. Nous ne partons pas de rien. C’est surtout la plateforme numérique qui est un enjeu et nous souhaitons y associer les grands acteurs du tourisme et également des partenaires technologiques.

Nous avons néanmoins des limites juridiques. Nous ne pouvons pas faire du « booking » ou de la réservation car ce n’est pas notre rôle. Je suis d’accord avec monsieur Brémond, les grands acteurs du tourisme qui sont intéressés par la promotion de la destination France devraient davantage participer.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Vous nous avez parlé du concept de Center Parcs. Existe-t-il d’autres concepts potentiels, qui marchent ailleurs et que l’on n’ait pas encore utilisés en France ?

M. Gérard Brémond. – C’est difficile de tout faire. Belambra a développé d’autres concepts qui sont de l’hôtellerie club. Il y a des formes diversifiées, totalement anecdotiques, qui fonctionnent : les maisons dans les arbres, les yourtes. Autre point important, l’évolution de l’hôtellerie de plein air, avec les « mobil home » et les équipements de loisir qui connaissent une croissance très forte en offre et en demande auprès des clientèles françaises et étrangères.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Merci. Un tout dernier point concerne les incitations fiscales, vous regrettez le « coup de rabot ». Est-ce que votre industrie a véritablement besoin d’incitation fiscale ? En quoi votre industrie est-elle dépendante de l’aide de l’Etat ?

M. Gérard Brémond. – Notre industrie est dépendante de l’incitation fiscale car il y a des raisons structurelles de rentabilité. L’ensemble du territoire touristique est en activité pendant seulement six mois de l’année. Sur une valeur d’investissement qui ne comporte pas de crédit d’impôt, il est difficile de dégager une rentabilité suffisante pour attirer les investisseurs. 150 millions d’euros d’investissement d’équipements à un taux de 7,5 % par les institutionnels représentent un poids très important de loyer et de coût d’exploitation. Fin 2008, il y avait une amorce de crise immobilière en France. A ce moment là, monsieur Scellier a proposé un crédit d’impôt de 25 % mais les résidences de tourisme, de service ou séniors n’étaient pas prévues dans ce dispositif. Nous nous sommes trouvés, de fin décembre 2008 jusqu’à fin avril 2009, avant l’adoption de l’amendement « Censi-Bouvard », sans incitation fiscale. Face à une autre incitation « Scellier » destinée à l’immobilier principal locatif, il s’est passé deux phénomènes au niveau des opérateurs et promoteurs de résidences de tourisme : plus aucune vente dans le secteur du tourisme et l’annulation des réservations antérieures. Tous les investisseurs que nous avions mobilisés sur le tourisme ont transféré leur épargne sur l’immobilier d’habitation principale. Dès lors que l’amendement Censi-Bouvard a permis de rétablir l’équité concurrentielle, les investissements sont repartis normalement.

Les résidences de tourisme sont susceptibles d’amener un certain nombre de recettes en devises, en emplois, dans le bâtiment notamment, et en activités. Les consommations locales et les prestataires de services génèrent, sur le long terme, des recettes de TVA. Certains, à Bercy, sont sensibles à cet argument, mais ce n’est pas la majorité.

M. Olivier Colcombet, président du conseil d’administration de Belambra. – Nous avons été très intéressés d’entendre monsieur Brémond. Bien évidemment, la proximité des métiers que nous faisons avec Pierre et Vacances fait que nous rencontrons les mêmes réalités, que nous sommes tentés de porter les mêmes diagnostics et d’y apporter les mêmes remèdes ou les mêmes suggestions. Je ne vais donc pas reprendre ce qui vient d’être dit. Le thème de la table ronde qui concerne les investissements en formule « tout compris » en hôtel club nous concerne très directement. Nous avons 40 000 lits et plus de 80 % sont en formule « tout compris ». L’idée, derrière le « tout compris » est l’achat d’un séjour qui comprend des prestations autour de l’animation, du sport, de la restauration, du ménage, etc. Nous avons l’immodestie de dire que sur ce métier, en France, nous sommes les premiers en capacité d’accueil et en valeur.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Quelle est la proportion d’étrangers ?

M. Olivier Colcombet. – Nous sommes en forte progression. Nous recevons aujourd’hui 15 % d’étrangers en moyenne, avec une répartition très différente selon les régions. Nous oscillons entre quasiment pas d’étrangers dans certains établissements et jusqu’à 30 % dans d’autres. Lorsque nous présentons à l’étranger notre offre « tout compris » en France, cela marche. Aujourd’hui, dans notre carnet de commandes pour 2011, nous sommes à plus de 12 % sur l’étranger, mais ce produit d’offre hôtel club en France n’est pas très connu. La destination hôtel club est plus attachée à des destinations tropicales qu’à une destination française.

Notre marque est encore jeune. Sa notoriété reste moyenne mais est presque aussi importante en Belgique qu’en France.

Nous croyons tout à fait à la pertinence de ce positionnement et le développons. Nous avons des projets de création de lits sur cette formule. Comme l’a dit monsieur Brémond, nous faisons un métier difficile avec de faibles marges. La saisonnalité est une réalité très pesante et très exigeante. Nous pensons que la clé de la réussite est la qualité mais la France ne présente pas une image de qualité. D’une façon générale, il y a un problème dans le service et les prestations. J’ai rencontré il y a quelques semaines monsieur Raymond Soubie pour lui soumettre cette idée : est-ce qu’il n’y aurait pas à engager un plan pratique opérationnel vigoureux pour améliorer la qualité dans le tourisme et l’hôtellerie en France ? Cela dépend selon nous des infrastructures et de la qualité du personnel. J’ai fait un séjour privé à Zanzibar il y a un mois : cet établissement saisonnier, proposant 500 lits, occupe 350 salariés là où, pour la même capacité d’accueil en France, nous ne pouvons en mettre que 70 ! Même si le personnel local à Zanzibar est moins polyvalent, moins qualifié que nos personnels, il y a une différence dans la qualité du service. Il faudrait regarder comment on pourrait aller au-delà du minimum vital. La qualité ne réside pas seulement dans le nombre de personnes, elle provient aussi de la formation. Nous faisons 6 000 contrats saisonniers par an et nous butons en permanence sur la formation et la qualité du personnel. Si vous croisez la qualification dans la restauration et celle dans les langues, il est très difficile d’embaucher. Il y a de notre point de vue un problème de qualification.

Enfin, je dirai que dans nos métiers la qualité est un cercle vertueux. S’il n’y a pas de marge, il ne peut pas y avoir de qualité puisque s’il n’y a pas de réinvestissement.

En matière de solutions, je reviens sur cette question de l’aide à l’investissement. Ce qu’a dit monsieur Brémond est fondamental. Il faut arriver à débaptiser les aides fiscales sur l’investissement dans le tourisme du nom de « niches fiscales ». Lorsque j’ai vu monsieur Marini il y a deux ans, je lui ai dit que s’il modifiait le dispositif, 800 ouvriers qui travaillent à faire des rénovations et 1 000 propriétaires qui s’apprêtent à financer mes investissements allaient disparaître. Il faut enlever le nom de « niches fiscales ». Nous attirons vers le tourisme de l’argent qui dort dans le circuit économique.

Il faudrait trouver un dispositif qui fasse que pour l’investissement dans les infrastructures touristiques – résidences de tourisme, hôtels clubs – on privilégie des investissements dans des formules génératrices d’emplois. Financer du locatif, ce n’est pas la même chose que financer des équipements qui vont permettre d’employer des centaines de personnes. Ce serait plus cohérent de soutenir le tourisme dans le contexte économique actuel.

Ces équipements sont constitués, d’une part, d’appartements et, d’autre part, d’équipements communs – restaurants, espaces de jeu, bars, salles de spectacle, piscines. Ces équipements ne relèvent pas de l’aide fiscale, or ils coûtent extrêmement cher. Nous menons, pour la fin 2013, un projet de construction d’un hôtel club de 700 lits en Maurienne, qui est un équipement structurant pour la vallée. Nous faisons face à une impasse qui tient à la problématique de financement des équipements communs.

Nous faisons un métier où nous ne sommes pas aidés. Les plages au bord desquelles nos infrastructures sont installées ne sont pas nettoyées, nous aimerions ouvrir un restaurant pas trop loin de la plage, mais avec la bande des 100 mètres, ce n’est pas possible. Il faudrait adapter le droit du sol à l’activité qui voudrait s’y installer. Si dans le Yucatan, on avait interdit de toucher à la mangrove, il n’y aurait pas un seul hôtel ! Nous sommes confrontés à des problématiques de réglementation « handicapés » absolument hallucinantes…

M. Michel Bécot, rapporteur. – Nous allons vers une simplification.

M. Olivier Colcombet. – Certes, mais j’ai, la semaine dernière à Saint-Paul-de-Vence, visité un site en rénovation. J’ai eu la surprise de constater que la magnifique place du village, qui a été conçue à l’origine avec un caractère niçois local, qui a certes vieilli dans ses aspects, est traversée en diagonale par une voie surélevée en béton bordée par des « chasse-roues ». Il s’agit de tubulures pour empêcher la chaise roulante de tomber sur le côté. Nous avons passé l’après-midi à nous prendre les pieds dedans. Je pense que ce n’était pas fait pour les handicapés, mais pour faire des handicapés !

Pour résumer, le produit auquel vous vous intéressez cet après-midi est un superbe produit sur lequel la France peut réussir, voire même y exceller, mais il faut le considérer non pas comme un accident mais comme un vecteur stratégique.

M. Michel Bécot, rapporteur. – Une chose sur l’aide à l’investissement. Je partage complètement votre point de vue, il faut considérer que ce n’est pas une niche fiscale, mais que cela va rapporter de l’argent à l’Etat, nous devons le faire comprendre à tout le monde.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Merci pour votre contribution pleine d’intérêt. J’ai noté le chapitre de l’aide à l’investissement, mais aussi celui relatif aux problèmes liés à l’environnement. Mais le point sur lequel je voudrais revenir est celui de la qualité et celui de la formation. J’ai entendu que vous aviez parlé d’un plan pratique. Est-ce qu’il existe ou est-ce un projet ?

De la même manière, j’ai remarqué que la charte sur la qualité de l’accueil en France n’associait pas les douaniers. Nous avons cru comprendre que les taxis n’en faisaient pas, non plus, partie. Nous signons beaucoup de chartes et de conventions en France mais ensuite elles sont rangées. Un suivi est indispensable.

M. Olivier Colcombet. – Nous n’avons pas de plan concret à vous délivrer, mais nous considérons que c’est un chantier à ouvrir. Il faut y travailler pour que cela débouche sur des décisions concrètes et structurantes. Il faut avoir l’ambition de faire de la France une destination qui soit synonyme de qualité. C’est un gros challenge. La qualité a un prix que les clients sont prêts à payer.

Tout cela va vers la recherche de marges, c’est le cercle vertueux. Nous disons non au tourisme paupériste, oui au tourisme français de qualité, de valeur pour le client et générateur de marges.

M. Michel Bécot, rapporteur. – Sur le plan de la qualité, des efforts ont été faits mais il faut toujours s’améliorer.

M. Olivier Colcombet. – Quand on voit l’absence totale d’éducation des saisonniers que nous embauchons ! Dans les palaces ou l’hôtellerie, le personnel permanent est formé. Mais sur une activité saisonnière, c’est plus difficile. Il faut leur apprendre le contact avec le client, mais je tiens à signaler que nous réussissons !

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Je voyage beaucoup et je fréquente des hôtels, des restaurants. En général, s’agissant de l’accueil à Paris, le sentiment est rarement positif, à l’inverse des régions.

M. Christian Mantéi. – Les entreprises ont fait un effort important ces dernières années. Il y a des plans qualité. Le classement des hébergements a remis la France dans les trois premières destinations les plus compétitives. Mais nous avons deux problèmes : autour des services, comme les gares, les aéroports, le métro, le RER B est une catastrophe ! Le deuxième problème, ce sont les espaces publics. La propreté à Paris est un très gros problème, la situation se dégrade, dans certains quartiers les trottoirs sont dégoûtants, je vais donc écrire au Maire de Paris afin de lui en faire part. Les touristes remarquent que Paris est devenu très sale, et cela se dit. L’espace public de certaines stations littorales n’est pas aussi bien « léché » qu’en Suisse ou en Autriche. Les espagnols, en Andalousie, ont réussi sur leur espace public à requalifier l’urbanisme, les stations sont très nettes, très bien entretenues. En France, la qualité de l’espace s’est dégradée.

M. Thierry Orsoni, directeur de la communication du Club Med. - Après avoir fait le tour, à l’intérieur de notre maison, des problématiques, je crois que c’est bien qu’il y ait, d’après ce que je viens d’entendre, un consensus dans l’analyse, dans le constat et dans les solutions. Même si nous ne faisons pas toujours le même métier, nous avons en face de nous les mêmes législations et les mêmes réglementations.

Je vais faire un point un peu plus spécifique. Cela marche de s’installer en France, le Club Med le fait depuis longtemps. Nous avons 24 villages en France et parmi les récentes réalisations, certaines illustrent une bonne collaboration entre le public et le privé.

Nous avons ouvert un village à La Palmyre en 2003 à travers une société d’économie mixte portée par le conseil général. C’est un village très accessible à une clientèle familiale. Nous sommes en train de finaliser avec le groupe Caisse des dépôts une réalisation à la montagne qui sera un fleuron de notre gamme, l’aboutissement de tout le mouvement que nous avons apporté à notre propre marque en la repositionnant sur la qualité plutôt que sur le volume. C’est à Valmorel, il s’agira d’un investissement de 100 millions d’euros. Notre structure fait que nous sommes constructeur délégué. Nous nous efforçons de procéder, à travers des montages financiers intelligents pour l’ensemble des partenaires que nous réunissons, à des investissements structurants pour une région. Valmorel est symptomatique de ce qu’il est possible de faire.

Au-delà de ce constat optimiste, notre premier message est d’appréhender précisément la problématique de l’emploi saisonnier. Sur nos 24 villages, un seul est permanent. Une grande partie est donc saisonnière (quatre ou cinq mois dans l’année) ou bi-saisonnière. Une des façons de régler ce problème est d’étendre la durée de la saison. Pour avoir une durée à la montagne plus longue, il faut créer des vacances à la montagne l’été en famille ; nous avons des clients français, européens ou qui viennent de pays en dehors de l’Europe.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Combien d’étrangers ?

M. Thierry Orsoni. – Nous avons 50 % de clientèle étrangère à la montagne, 40 % à la campagne : des belges, des anglais, des russes. Nous jouons de plus en plus sur les différences de périodes de vacances scolaires dans les pays dans lesquels nous sommes implantés. Quand les vacances hivernales des européens, des suisses se terminent, ce sont les brésiliens, les gens d’Amérique latine qui sont en vacances. Les volumes ne sont pas encore importants, mais nous avons reçu 3 000 brésiliens cet hiver.

Nous les exposons à la marque Club Med, mais aussi à la destination France et à la marque France. Nous pensons que la qualité de la marque Club Med contribue à la promotion de la marque France en matière d’accueil, de qualité d’hébergement et de propreté.

Etendre la durée d’ouverture, c’est faire venir des gens d’autres contrées en les attirant par un séjour packagé, mais en les exposant également à des offres complémentaires qui pourraient aller au-delà en leur proposant, par exemple, après un séjour d’une semaine dans un village du Club Med, un circuit d’une semaine en France. A travers notre filiale « Club Med découverte », nous proposons à nos clients français qui viennent de passer une semaine dans un village au Sri Lanka de passer ensuite une semaine aux Maldives. L’idée est d’étendre la durée de la saison et d’inventer des formules packagées en complément de celles que nous avons déjà.

Sur la problématique de l’emploi saisonnier, de temps en temps, nous nous trouvons confrontés à des services administratifs qui raisonnent en termes de socle de CDI plutôt qu’en termes de flexibilité que représentent les emplois en CDD. On nous demande souvent de requalifier des emplois CDD en CDI, mais les contraintes ne sont pas les mêmes. Il faudrait nous encourager à recourir aux CDD que nous pérennisons d’année en année plutôt qu’à les transformer en CDI. Il y a une nécessité d’avoir de la flexibilité, de la souplesse et un travail culturel, de mentalité, à avoir.

La législation aborde de manière homogène les problématiques des entreprises, qu’elles soient ouvertes quatre, six ou douze mois. Les formalités à accomplir pour une ouverture de quatre mois sont quasiment les mêmes que pour une ouverture toute l’année. Là encore, il faudrait inclure de la flexibilité et de la souplesse pour que nous puissions créer des emplois et proposer ainsi un service qui réponde davantage à ce qu’attendent nos clients.

Je rejoins également messieurs Brémond et Colcombet sur l’incitation fiscale. Nous ne sommes pas des spécialistes, c’est donc l’un de nos collègues qui nous a chargés de vous transmettre la question suivante : pourquoi les incitations fiscales sont-elles réservées aux résidences de tourisme et ne peuvent-elles pas s’appliquer, sous d’autres formes, aux hôtels et aux villages de vacances ? Il y a là une disparité qui n’est pas très juste à nos yeux. On a tout intérêt à favoriser les « lits chauds ». Dans certains cas les hôtels se trouvent en compétition avec l’immobilier, et les hôtels ne gagnent pas cette compétition. Les pouvoirs publics pourraient inciter les communes à réserver un pourcentage de PLU à l’hôtellerie pour s’assurer que certaines parcelles puissent être construites, ce qui pourrait faire baisser le coût du terrain et rendre le projet plus viable pour un investisseur.

Au chapitre des contraintes administratives à lever, les mises aux normes pour les personnes à mobilité réduite nécessitent parfois des formalités compliquées et des dépenses très élevées. Nous avons également des difficultés pour trouver des sites sur lesquels on puisse construire. Là encore, pas question de bétonner les rivages protégés ni de défaire la loi sur le littoral. Mais il faudrait introduire un peu plus de souplesse. Si nous avons pu construire en 2003 à La Palmyre, c’est parce qu’il y avait une construction pré existante. Nous avons déployé le village en respectant toutes les normes environnementales au coeur d’une pinède sur une très belle plage. Aujourd’hui, nous voudrions trouver des lieux pour construire des villages de plus grande proximité en métropole. Nous essayons d’embellir les sites plutôt que de les détruire ! A titre d’anecdote, lorsque l’on survole Cancun, on voit un très beau village sur 25 hectares. Il y a un « mur de l’Atlantique » constitué par les hôtels américains et il y une presqu’île avec de la verdure et quelques constructions : c’est le Club Med, coincé entre la côte atlantique et le lagon.

Sur les contraintes administratives, nous rejoignons ce qu’a dit monsieur Brémond. Quand il y a des recours abusifs sur des permis de construire, il faudrait nous aider un peu. Il pourrait y avoir une chambre différente pour juger les recours contre les permis de construire individuels et les permis de construire qui créent des emplois ! Un jugement en première instance dans les Alpes prend trois ans, sans parler de l’appel et de la cassation éventuelle ! Nous travaillons à Tignes sur un projet d’extension qui est bloqué car nous allons de recours en recours. Finalement cela dissuade même les meilleures volontés.

Dernier point, ce sont les problématiques liées à la qualité de l’accueil, à la formation, à la pratique des langues. Dans nos villages, nous envoyons des « gentils organisateurs » – des GO – dans le monde entier et, en moyenne, nos équipes de GO regroupent une dizaine de nationalités, voire vingt en Asie. Il est vrai que les clients flamands, hollandais ou brésiliens sont très heureux d’avoir des GO qui parlent leur langue. Ce ne sont pas nos GO belges ou hollandais qui posent problème. Ce sont ceux qui ressortent de pays extra communautaires. L’obtention de visas est parfois extrêmement difficile.

Nous avons globalement beaucoup d’atouts grâce à notre marque et à nos efforts de promotion à travers la diffusion, en millions d’exemplaires dans le monde, de notre catalogue et de sites Internet en 24 langues. Lorsque nous citons dans notre catalogue, à travers notre club de La Palmyre, la côte atlantique, nous participons à la promotion de la destination France à travers l’offre Club Med. Nous aimerions être aidés et mieux compris. Nous espérons qu’à travers les travaux de cet après-midi, nous y parviendrons.

Mme Amandine Morel, directrice de la stratégie du Club Med. -La complexité de l’investissement en France réside dans le fait que l’activité est saisonnière. Un des autres éléments qui peut nous aider est d’étendre la saison au travers d’activités comme le golf, les thermes, le spa, qui permettent d’avoir une activité non liée à une saison. Le fait que la France ait remporté la Ryder Cup et qu’elle participe à des grands événements, ne peut être que positif pour tous et tout ce qui peut encourager ce type de développement d’activités est fondamental et très constructif.

M. Richard Livet, responsable du tourisme d’Oséo. – Je vais revenir sur deux aspects particuliers de nos métiers, la garantie et le financement. Sur ces deux aspects, nous intervenons aux côtés de nos partenaires bancaires, nous ne sommes jamais seuls. Je vais regarder le secteur du tourisme avec l’oeil du banquier. Les secteurs fortement capitalistiques - Center Parc (300 millions d’euros), le Club Med (100 millions d’euros) les projets de Belambra, la saisonnalité, les problèmes réglementaires, les problèmes de personnel – lorsque l’on ajoute tout ces éléments les uns aux autres, cela ne fait pas rêver le banquier, il y a des secteurs qui paraissent beaucoup plus simples à financer.

Nous avons accompagné le Club Med et Center Parcs en garantie, nous avons participé au financement de la partie équipements en Lorraine. Mais le coeur de notre activité dans le tourisme, ce sont les petits établissements, la petite hôtellerie. Nous travaillons à l’heure actuelle sur le reclassement de ces établissements. Nous les accompagnons avec un produit dédié, un prêt participatif mis en place à la demande des pouvoirs publics. Nous avons à cette occasion effectué avec Atout France un tour de France des petits hôteliers pour leur présenter ce prêt. Nous avons pu constater qu’il n’y a pas une appétence formidable de leur part. De la même manière qu’ils ont été lents à s’intéresser au nouveau classement et à le demander, le produit qui a été mis en place a été long à démarrer, tous les opérateurs ne sont pas aussi réactifs que ceux réunis ici.

Nous avons également évoqué l’hôtellerie de plein air. Après des progrès phénoménaux ces dernières années – il y a une quinzaine d’années, nous étions encore dans l’artisanat dans ce domaine -, nous sommes aujourd’hui arrivés à des produits très industriels. Nous évoquions le côté confortable du mobil home, du chalet. Certains sites essaient de proposer une synthèse de vos trois métiers : du résidentiel le plus confortable possible (mobil home avec climatisation), de l’accueil et de l’animation avec les clubs enfants, de l’animation de soirée, et, enfin, des équipements de type piscine et parc aquatique, etc.

Ces gens sont beaucoup plus réactifs que ceux de la petite hôtellerie, ils correspondent vraiment à la demande actuelle, familiale, que vous évoquez. Au contraire de la petite hôtellerie qui a du mal à investir car elle n’a pas assez de rentabilité. Il y a eu un manque d’investissements pendant des années, voire pendant des décennies, qui arrive à un moment où les investissements, du fait de la réglementation, deviennent très lourds pour elle. L’hôtellerie de plein air est un vecteur assez important qui se développe avec des produits très performants face à une hôtellerie familiale en grande difficulté.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Auriez-vous une présentation écrite des produits Oséo que vous destinez à l’hôtellerie ? Avez-vous des chiffres ?

M. Richard Livet. – Pour le tourisme, nous garantissons un milliard d’euros de financement et nous intervenons en cofinancement à hauteur de 300 millions d’euros. Sur la petite hôtellerie, nous sommes autour de 300 opérations, mais le nouveau classement étant prévu pour juillet 2012, les hôteliers qui veulent se classer et qui auront des travaux à faire devront le faire dans cette dernière année, c’est pourquoi les choses sont en train de s’accélérer.

Nous n’avons pas évoqué les parcs de loisirs. Là aussi, sur des problématiques où les investissements sont très lourds, Oséo a eu à en souffrir. Je citerai l’exemple de Mirapolis à Cergy-Pontoise ou Zygofolies à Nice. Ils ont nécessité de gros investissements financiers mais ont désormais disparu.

M. Christophe Des Roseaux, collaborateur du pôle investissement à la direction du développement territorial et réseau du groupe Caisse des Dépôts. – Je pense que l’un des gros freins au développement du secteur du tourisme est son manque de notoriété et les difficultés rencontrées dans son développement. Il est dommage de tarder à réagir pour le premier secteur de l’économie. On a mené récemment des grandes mobilisations pour le secteur automobile, alors que l’économie du tourisme pèse deux fois plus en termes de création de richesses, trois fois plus pour ce qui concerne l’investissement.

Je ne suis pas sûr néanmoins que ce soit à l’Etat de tout faire.

Le secteur du tourisme n’est pas fédéré, il ne parle pas d’une seule voix. Aucun de ses acteurs importants n’est membre du Medef. Il y avait un petit comité tourisme animé par Gilles Pélisson, mais aucune entreprise participante aux réunions n’était membre du Medef. Le secteur du tourisme n’est pas identifié par les institutionnels, par les pouvoirs publics. Lors de la crise liée à l’éruption du volcan en 2010, il y avait quarante personnes autour de la table, alors que dans d’autres secteurs fédérés, nous aurions eu une seule instance qui serait venu parler au nom de sa fédération. Il y a manifestement un problème d’organisation qui incombe aux professionnels eux-mêmes. Les professionnels doivent se fédérer et porter la voix du secteur. C’est un travail de longue haleine.

La Caisse des dépôts est investisseur sur du long terme. Nous investissons dans des projets économiques avec des acteurs qui sont capables de prendre des risques sur du long terme. Nous nous sentons souvent bien seuls car nous avons peu de financiers, investisseurs ou prêteurs, qui soient capables de jouer cette carte de l’investissement sur la durée. Ce sont des financements à dix ou quinze ans donc nous avons quelques prêteurs, mais peu d’investisseurs qui nous accompagnent. Le long terme n’est pas dans l’esprit. Sur un dossier à Nice, qui bénéficie pourtant d’une grande signature et d’un magnifique emplacement, nous ne trouvons pas d’investisseur qui souhaite prendre le risque. L’absence de prise de risque sur du long terme pourrait être résolue par une prise de conscience de l’importance du secteur.

En ce qui concerne les aides publiques, on connaît le succès des résidences de tourisme qui se sont développées grâce à l’incitation fiscale, mais nous sommes aujourd’hui confrontés au problème majeur de la rénovation de cet immobilier.

M. Christian Mantéi. – Il y a certaines stations où l’on s’ennuie la journée et où l’on a peur la nuit…

M. Christophe Des Roseaux. – Il y a un décalage entre l’incitation pour le neuf et pour l’ancien. L’incitation pour le neuf, mise en place pour les particuliers voulant investir dans le logement principal, fonctionne très bien. C’est à l’occasion de la crise du logement que l’on a initié l’avantage fiscal. Mais nous avons besoin de rénover l’ancien, car nous manquons de disponibilités foncières.

Un autre point concerne l’aide publique, qui est très surveillée par Bruxelles. Il y a des aides publiques qui sont apportées aux entreprises, mais elles sont insuffisantes. Alors que certaines collectivités seraient prêtes à investir de l’argent dans des projets économiques générant de l’emploi et des recettes fiscales, elles sont empêchées par Bruxelles. Cela devient incohérent. Les aides sont conséquentes pour relancer des friches industrielles mais elles ne sont pas équivalentes pour rénover des friches touristiques.

Les aides publiques et l’accompagnement public sont nécessaires. Il ne doit plus y avoir de débat et il ne faut plus parler de niches fiscales, mais d’aides à la création d’activités et au maintien d’activités.

Rétablissons les équilibres entre l’incitation pour le neuf et pour l’ancien et retravaillons ce problème des aides d’Etat. Monsieur Brémond évoquait l’instabilité fiscale, mais l’instabilité existe également dans les décisions prises à Bruxelles qui remettent en cause des projets pourtant validés. Il n’est néanmoins pas possible de dire que, puisque les incitations fiscales sont instables, il faut les supprimer car il est tout aussi impossible que le tourisme vive sans les aides publiques.

Voilà mon point de vue d’investisseur. Il faut inciter d’autres acteurs à s’engager et à se ranger à nos côtés. Certaines collectivités sont très dynamiques, d’autres ne comprennent pas pourquoi elles devraient investir dans le tourisme. Les investisseurs et les banquiers demandent des garanties excessives. Au-delà des aides publiques, de Bruxelles, des incitations fiscales, il s’agit de prendre conscience qu’il faut que les acteurs du tourisme se fédèrent afin de parler d’une seule voix.

M. Michel Bécot, rapporteur. – M. Des Roseaux est un grand professionnel qui connaît parfaitement le tourisme, c’est une chance pour le tourisme en France que d’avoir un investisseur tel que la Caisse des dépôts. Je partage tout à fait son analyse, nous avons en France des résidences de tourisme qui ont vieilli et qui ne sont plus du tout adaptées à la clientèle d’aujourd’hui.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Existe-t-il une carte de France de ces « friches touristiques » ?

M. Christian Mantéi. – Je suis prêt à en dresser la liste, mais il ne faudrait pas en faire la promotion à l’étranger !

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Je voudrais demander à monsieur Des Roseaux s’il existe un état des aides publiques, des incitations fiscales chez nos grands concurrents européens, je pense à l’Espagne, à l’Italie. Ce qui est vrai chez nous est-il vrai chez eux ? A-t-on fait du bench marking fiscal ?

M. Christophe Des Roseaux. – Malheureusement non, je n’ai pas connaissance de cela. Mais je me demande à quel titre l’Espagne peut promouvoir son tourisme avec l’aide de fonds européens ? De quelles aides dispose-t-elle et pourquoi cela est-il si facile chez eux ? Nous sommes une vieille destination et nous gérons aujourd’hui les problèmes de vieilles infrastructures.

M. Christian Mantéi. – Les collectivités ont la compétence. Il y a des régions en France pour lesquelles le tourisme compte beaucoup. Or, leurs politiques d’investissement et d’aménagement sont très faibles par rapport à l’enjeu touristique.

Est-ce que nous sommes capables de passer de la fiscalité budgétaire à la fiscalité économique ? En outre-mer, tout ce qui a été fait en matière d’incitation à la rénovation ou à l’investissement a toujours été très faible en termes de dispositifs et incompréhensible pour les hôteliers qui ne comprenaient pas comment y avoir accès. Sait-on, en France, être radical et raser, comme cela a été fait en banlieue ? Abattre des tours, des barres qui ne s’intègrent plus dans le paysage ? Les espagnols ont su raser, aux Baléares, des résidences datant des années soixante.

M. Philippe Maud’hui, directeur de l’ingénierie d’Atout France. – D’une façon générale, lorsque l’on aborde la problématique de l’investissement touristique, nous serons plus proches en 2010 de 11 milliards d’euros. L’investissement touristique suit les cycles de la formation brute de capital fixe en France, et suit l’investissement général au sens large avec des hauts et des bas plus ou moins plus affirmés.

C’est un ménage à trois composé de l’investissement public représenté par les fonds investis par l’Etat et les collectivités, de l’investissement réalisé par les entreprises et les opérateurs et, enfin, de l’épargne individuelle, qui représente 50 % de l’investissement touristique à travers les résidences secondaires ou l’immobilier de loisirs. Faire le choix d’arrêter tout mécanisme qui a vocation à attirer l’épargne individuelle vers la filière tourisme consiste à « se tirer une balle dans le pied ».

Ma deuxième réflexion porte sur l’organisation des partenariats entre le public et le privé. Il y a un manque d’ingénierie chez les acteurs territoriaux et chez les opérateurs touristiques, dont certains n’ont pas la capacité de mixer les financements publics et privés. Ils nécessitent un accompagnement.

Parmi les filières qui ont été évoquées, nous n’avons pas parlé du tourisme social à vocation associative…

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – … mais notre propos concerne l’international.

M. Philippe Maud’hui. – Il y a actuellement une réflexion pour essayer d’internationaliser les flux de vacanciers des comités d’entreprises, européens notamment, qui viennent utiliser en France les hébergements qu’ils n’ont pas toujours chez eux. Il y a là nécessité de créer des outils de financement et des outils d’ingénierie. Dans l’économie touristique, on doit faire face à l’augmentation du coût du foncier et du coût de l’immobilier. Si nous n’avons pas des leviers inverses, il y aura une mutation de l’offre touristique vers des offres qui ont la capacité d’accepter une charge foncière de plus en plus élevée. Si nous ne faisons rien, nous n’aurons plus que des résidences secondaires car il s’agit de l’offre touristique qui accepte la charge foncière la plus élevée. On essaye de faire de la magie, en construisant des produits touristiques plus ou moins réussis sur des produits immobiliers, mais si on se donne la capacité de diriger l’épargne individuelle vers le tourisme, je pense qu’il faut privilégier les formes d’investissement touristique qui sont les plus créatrices d’emplois, plutôt que de créer de l’investissement qui génère des murs, mais un peu moins d’emplois.

Autre élément qui peut expliquer la spécificité du tourisme : le taux de « réusage » coûte cher. Trouver un autre usage à l’investissement prévu pour un projet qui n’a finalement pas abouti est difficile, hormis pour l’immobilier d’entreprise par exemple. Cela n’incite pas les investisseurs à financer notre filière avec beaucoup d’appétence.

Un autre point que nous devons travailler est le manque de chiffres. Là aussi nous avons des progrès collectifs à faire pour donner des chiffres et des éclairages, car s’il faut établir un business plan pour le tourisme, encore nous faut-il savoir d’où l’on part. On en revient à ce que disait Christophe Des Roseaux, il y a un manque d’appréciation globale positive de la filière et nous ne nous sommes pas dotés d’outils d’observation suffisants pour appréhender cette filière qui pèse près de 7 % du PIB en France.

Je pense qu’il faudrait mettre en place des mécanismes pour faire émerger plus d’exploitants. Il y a des très gros exploitants, mais aussi beaucoup de très petites entreprises. Il faudrait peut-être, filière par filière, prendre des initiatives pour favoriser les mutualisations qui permettraient d’avoir plus de capacité à répondre à des appels d’offres. Il nous manque des moyens pour stimuler, dynamiser et donner plus d’opportunités de dialogue et de négociation entre acteurs publics et acteurs privés.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Merci. Je me pose la question de tous ces opérateurs propriétaires d’hôtels, de terrains de camping, qui voudraient faire quelque chose sans doute, sont conscients qu’il y a un potentiel, mais qui manquent de capacité à innover et à s’améliorer. Vous avez parlé de possible déficit d’ingénierie. Les responsables des collectivités territoriales manquent peut-être de bonnes idées et de l’ingénierie pour les mettre en oeuvre. N’y-a-t-il pas quelque chose à faire pour créer un lien entre tous ces opérateurs, en les encourageant à progresser dans le sens de la qualité, en leur donnant les outils et en les aidant dans leurs démarches ?

M. Christian Mantéi. – Vous avez parfaitement raison. Le classement des hébergements est une formidable occasion de mieux vendre car le produit est mieux défini. Les agents de voyage à l’international sont très intéressés par notre classement. A l’ITB de Berlin, qui est le premier salon mondial du tourisme, ou sur la côte ouest des États-Unis, lorsque nous demandons quel est le sujet qu’ils veulent aborder, ils parlent du classement. Aujourd’hui, nous sommes obligés de convaincre les Logis de France qu’il faut encourager leurs hôtels à se classer ! Je commence à utiliser des méthodes de persuasion poussées, en leur expliquant que s’ils n’incitent pas leurs hôtels à se classer, ils vont disparaître de la carte des hébergements chez les agents de voyage. C’est également vrai pour les « Relais & Châteaux » qui se demandent encore s’il est intéressant de se classer !

D’une façon générale, nous sommes hémiplégiques dans le tourisme, nous ne pensons qu’à la promotion, à la communication, ou au marketing dans le meilleur des cas, mais le travail sur l’offre et l’ingénierie fait encore défaut.

Les régions détiennent une compétence dans le domaine du tourisme. Elles ont été amenées, par les textes, à établir des schémas de développements régionaux. Cela fait vivre un certain nombre de cabinets d’études, mais aucun choix véritable n’est fait en matière d’aménagement ou d’investissement. On a l’impression que les présidents de régions n’assument pas, en matière de tourisme, de faire un choix politique au profit de certaines zones. Ces schémas devraient pourtant être les leviers de développement de l’offre au niveau des territoires. Cela se voit particulièrement dans les îles. En outre-mer, à La Réunion par exemple, mais c’est également vrai pour la Martinique ou la Guadeloupe, les constats sont faits mais il semble impossible de faire un choix sur l’investissement dans un port ou un aéroport au profit d’une commune ou d’une autre. Ils ne le font pas. Le résultat est que tout est bloqué. Il faut se connecter avec la réalité politique des collectivités en charge, pour savoir ce qu’elles font, c’est un point important.

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Mais comment peut-on obliger les responsables politiques locaux à choisir ?

M. Christian Mantéi. – Je rejoins ce que disait Christophe Des Roseaux, il faut élever la place du tourisme dans le débat politique et économique des régions. Il faut également une très forte démonstration pour éclairer les décisions et les orientations des élus. Si l’on veut faire des choix, il faut les éclairer avec des chiffres, ce n’est pas le niveau national qui va « monter des usines à gaz » pour produire des chiffres, c’est le tissu des acteurs publics et privés des territoires qui doivent contribuer à renforcer la connaissance en termes de données pour que nous les croisions et que nous les analysions. Nous nous sommes appauvris ce côté-là, nous manquons de données de fréquentation des territoires, que ce soit de la part des opérateurs privés ou de celle des transporteurs. La SNCF, par exemple, ne donne pas de chiffres sur ses clients qui montent dans les TGV, d’où ils viennent et où ils vont.

Il faut recréer une dynamique d’intelligence globale en intégrant l’ingénierie pour permettre aux exécutifs de faire des choix éclairés, et fondés sur des démonstrations économiques.

M. Philippe Maud’hui. – Nous nous sommes aperçus que le tourisme n’est pas suffisamment pris en compte dans les démarches d’urbanisme et d’aménagement. Nous avons des procédures, la loi littoral, la loi montagne, qui sont des outils de pilotage des élus, sauf qu’on pilote beaucoup de chose mais de manière insuffisante. Pour l’économie touristique, on ne prend pas en compte toutes les contraintes, ce qui fait que lorsqu’un projet arrive, cela crée de la tension. Nous essayons d’inculquer plus d’ingénierie en amont pour prendre en compte la « dimension tourisme » dans la durée, à dix, quinze ou vingt ans. S’il y a de l’instabilité réglementaire, fiscale, plus une épée de Damoclès en matière d’urbanisme et d’aménagement, il vaut mieux investir à l’étranger. Si nous pouvons mieux intégrer le tourisme dans l’ensemble des problématiques, cela permettra de faciliter le partenariat public/privé.

M. Olivier Colcombet. – Je vous remercie de nous avoir réunis et pour la qualité des échanges, auxquels j’ai pris personnellement beaucoup d’intérêt. Notre profession est insuffisamment fédérée. Il n’est pas très fréquent que nous puissions parler de façon très libre. Nous sommes prêts à participer aux travaux, car les enjeux sont importants pour notre profession et pour notre « maison France ».

M. André Ferrand, rapporteur spécial. – Je remercie chacune et chacun d’entre vous de votre participation. Je me suis attaché à retenir un certain nombre de points. Tout ce que vous avez dit est très riche, la liste est très longue, nous ferons des regroupements afin d’en étudier la mise en oeuvre.

Source:

http://www.senat.fr/rap/r10-684/r10-68441.html

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