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- Gérard Brémond : « Pour bâtir Avoriaz à l’époque, il fallait être inconscient »

Posté par admin le 8 juillet 2011

Gérard Brémond : « Pour bâtir Avoriaz à l’époque, il fallait être inconscient »

Gérard Bremond, entrepreneur hors du commun
Gérard Bremond, entrepreneur hors du commun

RENCONTRE AVEC JEAN VUARNET

Licencié es-sciences économiques et de l’Institut d’administration des entreprises, Gérard Brémond a commencé par des stages dans des agences d’architectes parisiens. Il se passionne également pour la musique de jazz (il fût guitariste et bassiste, ainsi que journaliste à Jazz-Hot), et pour le cinéma (il publie des articles dans des revues cinématographiques). 
A 24 ans, il entre dans la société familiale qui exerce alors ses activités dans la construction de logements, de bureaux et d’entrepôts. 
En 1964, Gérard Brémond rencontre Jean Vuarnet, qui projette de développer une station à Avoriaz. Ce sera le point départ de la constitution du groupe Pierre et Vacances.

 

Fort de l’expérience acquise avec la création de la célèbre station chablaisienne, Gérard Brémond a constitué au fil des années un véritable petit empire. Leader européen du tourisme de proximité, le groupe Pierre et Vacances Center Parcs, se déploie au travers de deux activités complémentaires : l’immobilier et le tourisme. Retour sur le parcours de cet entrepreneur hors du commun.

Aujourd’hui, quand vous regardez en arrière, pour créer Avoriaz, il fallait être un peu fou ou complètement visionnaire ?

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Pour bâtir Avoriaz, à l’époque, il fallait être totalement inconscient ! Mais l’inconscience permet de réaliser des utopies. Quand on est trop expert ou rationnel, on ne fait pas de grands projets. On ne se lance pas dans de grandes aventures, on reprend éternellement ce que l’on sait déjà faire, au mieux On reste prudent, conservateur.

Or l’inconscience permet justement d’avancer. La jeunesse offre cette possibilité. Et c’est ce que l’on doit garder en soi, même en acquérant l’expérience, au fil des années.

Les décisions rationnelles ne sont jamais anticipatrices. On reproduit ce qui a marché dans le passé. Il y a bien sûr toujours des fondamentaux, qui restent exacts. Mais l’expression de ces fondamentaux doit sans cesse évoluer, surtout dans le monde actuel qui change à une vitesse incroyable. Bref, il faut toujours garder une part de rêve !

Vous diriez que c’est votre moteur, cette part de rêve, c’est ce qui a guidé votre carrière ?

Ce qui a guidé ma vie professionnelle, c’est d’avoir un parcours anti-pensée unique. Je ne suis pas là pour faire de l’autosatisfaction Mais tout de même, je crois que c’est ça. Avec un goût aussi pour la provocation. Pour exemple : Avoriaz, station sans voiture ! C’était la première du genre. Or, à l’époque, le modèle référent, c’était justement la voiture. En matière d’urbanisme, dans ces années-là, on regardait tous Los Angeles comme l’exemple parfait : l’homme était attaché à sa voiture par un cordon ombilical tel qu’il était impensable de l’en séparer, même pendant ses vacances.

Toutes les personnes dites mûres, dites compétentes, me disaient que c’était de la folie de vouloir faire une station sans voiture. J’allais à l’encontre de tous les principes sociologiques et psychologiques, qui semblaient irréversibles. Moi, il m’apparaissait que c’était exactement le contraire : le stress urbain existait déjà il y a plus de quarante ans, et la volonté de dépaysement pendant ses vacances d’avec l’urbain, la voiture, faisait, à mon sens, qu’il y avait un besoin de rupture. Et que celle-ci passait par un autre mode de vie et de déplacement. C’était une évidence pour moi. Mais ce qui était moins évident, c’était la gestion de la rupture de charge. Surtout à une échelle de 15 000 ou 20 000 personnes accueillies.

Nous avons opté pour des traîneaux, et cherché une symbolique forte pour cette station : celle du renne, pour assurer ces déplacements. On en a fait venir de Laponie par bateau. Avec un guide. Le problème, c’est qu’en Laponie, le terrain est plat. Ici, il y a des pentes ! Le renne n’avait pas assez de force de traction Nous sommes donc revenus au traditionnel cocher, avec des chevaux 

L’architecture constituait également une véritable rupture ?

Oui, exactement ! À l’époque, tout était néo-urbain, même à la montagne. On faisait ce que l’on appelait des « valises ». Des parallélépipèdes Les plus volontaristes mettaient un peu de bois sur les façades. C’était des aberrations par rapport au site naturel où l’on « posait » ces valises. C’était un peu la traduction en dur de l’idée selon laquelle l’homme allait dominer la nature. Nous avons pensé exactement le contraire : que la montagne serait toujours plus forte que l’homme. Il fallait avoir une attitude beaucoup plus humble, en s’intégrant dans la montagne, selon une architecture que l’on a appelée « mimétique », respectant la topographie du site. C’était tout à fait innovant, y compris dans les matériaux employés, s’associant aux teintes de l’environnement.

Mais je vous avoue, aujourd’hui, que je ne sais pas si je le referais Je m’étais assuré les services d’un architecte, aussi jeune que moi -j’avais 25 ans- et qui n’avait jamais construit un mur ! Nous n’avions aucune expérience professionnelle. Moi le premier d’ailleurs 

Pourtant, vous êtes issu d’une famille de promoteur ?

Ah oui Mais cela ne peut jamais remplacer sa propre expérience, c’est bien connu. Et celle-ci s’acquiert au fil des années. Donc, pour résumer, cela veut dire que la dose d’inconscience sera toujours plus forte que l’expertise.

Le succès a été immédiat ?

Ça a été les Horaces et les Curiaces ! Ou la bataille d’Hernani Il y avait les “tout pour” et les “tout contre” ! À la fois par rapport au concept sans voiture et à l’architecture. Et j’avais des moyens financiers extrêmement limités. L’une des leçons que l’on peut en tirer, d’ailleurs, c’est de ne jamais considérer que l’argent disponible est important. Sinon, on tombe rapidement dans un confort et une paresse préjudiciables. Il faut toujours se mettre dans la position de devoir trouver des solutions innovantes qui entraînent des investissements plus limités. Par exemple, pour la publicité, nous n’avions pas de budget. Nous avons alors fait venir des artistes, des sportifs Et nous avons créé le festival du film.

L’autre idée a été de faire financer l’hébergement touristique sous une forme nouvelle : avant, qui disait touristes disait hôtels. Pour développer Avoriaz, on s’est fait des illusions sur les hôteliers familiaux et les chaînes internationales. On a fait beaucoup de prospection et ça a été un échec patent : aucun hôtelier n’a voulu s’installer ici. On s’est retrouvé dans une impasse. Ce qui aurait été dramatique pour la vie de la station, les commerces, les remontées mécaniques Donc, on a inventé la résidence de tourisme. Encore une fois sous la pression des contraintes financières !

Et l’on a découvert qu’il y avait une demande pour une offre organisée et structurée de location touristique, avec des services hôteliers à la carte. Et on a réussi à inventer le financement par les particuliers. Ce sont eux les véritables investisseurs. Qui utilisent leur bien pour leurs vacances et le louent le reste de l’année. Encore une fois, la contrainte favorise toujours l’imagination, l’innovation 

Après ce défi, que vous avez relevé, vous auriez pu vous arrêter là. Mais c’est loin d’être le cas ?

Ce n’est en tout cas pas la volonté de créer un empire, ou je ne sais quoi, qui m’a poussé. C’est tout simplement le goût d’entreprendre. En réalité, quand vous avez un concept, que vous avez des équipes, vous vous dites, pourquoi pas le faire ailleurs qu’à Avoriaz. On a donc exporté, en quelque sorte, les solutions inventées ici. Cette station a été l’acte fondateur du groupe Pierre et Vacances.

Il y avait aussi un problème de volume d’affaires, par rapport aux équipes engagées, qui ne permettait pas d’être pérenne à l’échelle d’un groupe. Il fallait donc asseoir ces activités et ces acquis à une échelle plus large : ce que nous avons fait à Val d’Isère, Les Menuires, l’Alpe d’Huez Avec des règles fondamentales : rester absolument dans les résidences de tourisme. Et uniquement dans les stations d’altitude. En vertu d’un principe simple : la principale saison touristique en montagne, c’est l’hiver. Et la principale motivation, c’est le ski. Il faut donc de la neige. Que l’on trouve plus facilement en altitude. C’est assez simple, non ?

Pour notre développement à la mer, même raisonnement : il faut du soleil, donc nous sommes allés vers la Méditerranée. Avec, toujours le système de financement des actifs par les particuliers.

Votre développement est aussi passé par le rachat de Center Parcs 

Oui, il y a 7 ans. L’entreprise a été créée par un Hollandais, à l’époque où l’on construisait Avoriaz. L’activité est complémentaire de celle de Pierre et Vacances. Et il s’agit là aussi de ce que l’on appelle « du tourisme de proximité », auquel on peut accéder facilement, en voiture 

Comment la demande évolue-t-elle justement ?

Pour la clientèle française, on note qu’elle a toujours privilégié les séjours de vacances en France, malgré l’attractivité de certaines destinations disons « exotiques ». La raison principale en est que notre pays offre une variété de paysages sans équivalent, sur de petites distances. Patrimoine naturel, historique, qualité des infrastructures, des dessertes sont exceptionnels. Et puis, nous sommes les champions mondiaux des résidences secondaires, ramenés au nombre d’habitants. Ce qui constitue un parc “touristique” unique 

Tout ceci fait que malgré les séjours « low cost », et le doublement du nombre de pays ouverts au tourisme, en une quinzaine d’années, qui sont passés de 80 à 150 aujourd’hui, nous restons très attractifs.

Quant à la tendance majeure, qui explique aussi ce fait, c’est le développement des courts séjours. Ce qui favorise aussi le tourisme de proximité.

PROPOS RECUEILLIS PAR CYRIL BELLIVIER

 

Source:

http://www.lemessager.fr/Dossiers/interview/article_1400328.shtml

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