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- Les reines du balai du Pierre et Vacances de Cannes entre courage et désespoir

Posté par admin le 19 décembre 2011

 

Les reines du balai entre courage et désespoir

Elles ont été, en mai dernier, les autres stars du Festival de Cannes. Ces douze femmes de ménage, capverdiennes sans papiers, ont fait grève pour leur régularisation. Le préfet avait promis, il n’a pas tenu. Les projecteurs éteints, les reines du balai sont déchues.

Cannes (Alpes-Maritimes), envoyé spécial. À leur demande leurs prénoms n’ont pas été modifiés. Elles n’ont rien gagné, elles n’ont donc plus rien à perdre, engluées aujourd’hui dans la plus éprouvante des précarités. Et de toute façon, à la préfecture des Alpes-
Maritimes, elles sont connues comme le loup du Mercantour. Dix jours de grève et d’occupation des locaux par des femmes de ménage, immigrées clandestines, pour obtenir des papiers en règle, ça marque l’histoire sociale d’un département, d’un pays. Et la carrière d’un préfet.

Surtout lorsque ça se passe dans une résidence de vacances fréquentée par des vedettes de cinéma et des journalistes internationaux venus couvrir le Festival de Cannes ! C’est Margerida qui raconte : « (le 14 mai 2011) il y avait eu une manifestation à Cannes pour soutenir les sans-papiers. Quelqu’un de la CGT (du collectif des travailleurs sans papiers – NDLR) a parlé de nous à cette manifestation. Après, quelqu’un du syndicat est venu nous voir pour nous aider à faire les dossiers pour la préfecture. On en avait vraiment assez de travailler comme ça, en ayant toujours peur. Alors on a décidé de se montrer, de faire la grève nous aussi (le 17 mai – NDLR), pour avoir nos papiers. On est restées sur place pour dormir. Les clients ont été très gentils, ils nous apportaient des couvertures, des oreillers parce qu’on dormait par terre. Un jour Jamel Debbouze a écrit une lettre pour dire que les filles travaillaient bien et pour nous soutenir. Il y avait aussi beaucoup de journalistes qui ont filmé et qui ont fait des articles. Même notre patron était d’accord pour nous aider à avoir les papiers. Je suis tombée malade et j’ai beaucoup pleuré. Pendant la grève, parce que c’était dur, et puis à la fin, mais c’était parce qu’on était heureuses quand le préfet nous a promis d’étudier de près notre situation. »

Six mois après, cette situation, dans l’ensemble, s’est aggravée. Sur les douze grévistes, une seule a obtenu sa carte de séjour. Non seulement les autres n’ont toujours pas de papiers en règle, mais la plupart ne trouvent plus de boulot ou alors quelques petits contrats de-ci de-là, le plus souvent en intérim. « Même au noir on a du mal à trouver après la saison (d’été) », s’inquiète Margerida. Alors lorsqu’on demande ce que leur a apporté leur grève de mai, c’est Odette qui répond sans hésitation : « Je regrette de l’avoir fait. » Et d’ajouter, dépitée : « Si je pouvais je retournerais chez moi. » Marcelina, Margerida, Josepha, Aguida hochent la tête en signe d’approbation, mais sans grande conviction. Aguida, par exemple, était enceinte de six mois au moment de la grève. Son gamin dans les bras, elle répond à Odette en cherchant un peu ses mots de français : « Maintenant c’est vrai que je ne travaille pas tous les jours comme avant mais je travaille quand même. Les clients sont gentils, il y a des pourboires. Et puis chez nous au Cap-Vert quel avenir pour nous, quel avenir pour nos enfants, on aurait de quoi manger peut être mais il n’y a toujours pas de travail ! »

Le Cap-Vert, faut-il le savoir, y compris dans l’administration, n’est pas une région du Portugal. Ces compatriotes de Cesaria Evora ont quitté leur « petit pays » extracommunautaire non sans déchirement. Le plus douloureux pour Marcelina a été « de laisser les enfants là-bas ». Elle en a trois. Le plus grand est aujourd’hui au Portugal pour ses études. Les deux autres, confiés en bas âge aux grands-parents lorsqu’elle a émigré ont aujourd’hui huit ans et dix ans, ils vont à l’école « et m’apprennent à bien parler français le soir à la maison ! ».

Mais au fait pourquoi, lorsque sa langue est le portugais, choisir d’instinct la France plutôt que le Portugal ou le Brésil pour s’exiler ? « Je ne savais rien de la France quand j’étais plus jeune, sauf que l’on disait au Cap-Vert que c’est un pays beaucoup plus grand que chez nous où on est sûr de trouver du boulot », dit Margerida. « Moi, raconte Marcelina, un jour j’ai vu un Capverdien émigré en France revenir au pays avec de beaux habits et une belle voiture et je me suis dit : c’est là que je veux aller ! » « C’est pour rejoindre mon mari », annonce Odette, en ajoutant d’une petite voix : « Si j’avais su que c’était comme ça, jamais je serais venue… »

Le nouvel eldorado lorsqu’on est femme de ménage, en mai 2011, à la résidence Pierre et Vacances de Cannes La Bocca, c’est dix chambres à nettoyer chaque jour par équipes de deux, de neuf heures du matin à cinq heures de l’après-midi, avec une courte pause à midi. Dans certains hôtels cannois, ça peut monter jusqu’à quinze chambres par jour. C’est être payé 7 euros de l’heure alors que la convention collective de l’hôtellerie prévoit un peu plus de 9 euros. C’est rentrer dans son petit logement à 800 euros par mois complètement fracassée de fatigue. Rentrer le soir par le bus où l’on se fait regarder de travers parce qu’on est noire, et même parfois insulter après que le matin la gouvernante a réservé spontanément aux Blanches les travaux les moins pénibles. C’est signer son contrat à la journée non pas avant d’avoir fait ses trois chambres à l’heure mais après le travail. À 7 euros de l’heure, « on n’a pas le choix ». Recommencer le lendemain, pas le surlendemain, mais peut-être le jour suivant : « On vous appellera… » Et si on n’a pas le téléphone, attendre au petit matin sur un bout de trottoir qu’un fourgon anonyme vienne peut-être vous ramasser. C’est au bout de deux mois de travail dans une société de nettoyage entendre de la bouche du petit patron qu’on ne serait peut-être pas payé parce qu’on n’a pas de papiers en règle. C’est entrer dans une filière et donner pour des faux papiers, carte d’identité, permis de conduire, carte de séjour…, de 300 euros pièce à 1 500 euros pour le tout. Car pas de papiers, pas de travail et pas de travail, pas de papiers. Et puis surtout, il y a la peur.

La peur, on la ressent quand on croise un homme en uniforme. Elle se devinait peut-être sur le visage d’Odette lorsque, récemment, deux policiers l’ont stoppée en pleine rue pour la contrôler. Elle aura passé vingt-quatre heures au poste de police avant d’être relâchée, « après vérification ». Vérification que le dossier d’Odette était toujours à l’étude en préfecture ? Le tribunal a confirmé la relaxe… Et Odette a replongé dans la clandestinité. La peur au ventre. La peur qui « rend la vie très dure », comme dit Marcelina. Cette peur qui vous taraude quand vous allez chercher les gosses à l’école. Peut-être ont-ils été embarqués eux aussi ? La peur permanente d’être expulsée, d’être dénoncée, d’être interpellée au travail, en faisant ses courses, en se promenant sur la Croisette, sur le chemin de la bourse du travail où l’on vient partager un petit moment de convivialité avec les militants du collectif CGT des travailleurs sans papiers (rebaptisé depuis peu collectif des travailleurs migrants). « Ils sont de plus en plus nombreux à surmonter leur peur et à monter des dossiers de régularisation », note quand même Didier Bouscarat, de l’union locale CGT de Cannes qui pointe les emplois dont les Français ne veulent plus car payés au lance-pierre, occupés sur la Côte d’Azur par des Sénégalais, des Maliens, des Mauritaniens, des Capverdiens : extras dans les palaces, plongeurs dans les restaurants, femmes de chambre dans les hôtels. Au « black », en intérim à la journée, saisonniers clandestins, tous hyperprécaires.

Tout cela au vu et au su de tout le monde. Le clandestin, autant que le saisonnier, est devenu la variable d’ajustement de l’industrie touristique sur la Côte d’Azur. Comme le raconte Margerida : « (pendant la réunion du G20 à Cannes), on nous a donné beaucoup de travail. Les hôtels étaient pleins et il y avait de bons clients. J’ai travaillé pendant toute une semaine dans un hôtel près de l’aéroport qui était rempli de policiers. Ils étaient très gentils, aucun ne m’a demandé mes papiers ! Tous les matins, ils me disaient bonjour madame ! Je répondais bonjour mais je filais vite au travail… »

Mais depuis cette intense semaine du début novembre, « on est dans la merde », dit Odette, reine déchue du balai. Comme ses collègues, elle tourne en rond, elle se ronge les sangs. « On est désespérées. » Margerida, toujours sans papiers et sans compte en banque est à la recherche des dix mille euros qui permettront à son mari de maçon, lui aussi clandestin, de se faire opérer des reins. Marcelina rêve d’un retour au pays, même s’il est actuellement ravagé par la sécheresse : « Ça fait sept ans qu’il ne pleut plus, l’agriculture produit beaucoup moins mais il y a toujours de quoi manger pour tout le monde. Le problème, c’est le travail. Mais là-bas, je n’ai pas peur ; là-bas, j’ai une grande maison… et puis là-bas, conclut-elle avec un grand sourire, si un jour un Français arrive dans mon village, on se disputera avec mes voisins pour l’accueillir à la maison… »
Philippe Jérôme

Source:
http://www.humanite.fr/social-eco/les-reines-du-balai-entre-courage-et-desespoir-485772

Une Réponse à “- Les reines du balai du Pierre et Vacances de Cannes entre courage et désespoir”

  1. baylion dit :

    peut ête un débouché pour la filière bois des chambarans:
    http://www.frapna-drome.org/centrale-a-bois-pierrelatte.html
    Pierrelatte georges Besse II qui va fonctionner à l’électricité fournie par une usine biomasse à bois. le renouvelable méne à tout

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