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- Projet Center Parcs à Roybon : la communication de crise est-elle encore évitable pour Pierreet Vacances ?

Posté par admin le 3 janvier 2015

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Projet Center Parcs à Roybon : la communication de crise est-elle encore évitable pour Pierre & Vacances ?

Longtemps, le chantier du village de loisirs Center Parcs à Roybon en Isère fut réduit à une histoire de cloche merle cantonnée dans les rubriques des quotidiens régionaux. Depuis deux semaines, l’affaire est en passe de se transformer en bourbier réputationnel pour le groupe Pierre & Vacances Center Parcs. Entre démonstrations de force sur le terrain entre pros et antis sous l’œil des médias nationaux et mobilisation croissante sur les réseaux sociaux, la communication tourne au vinaigre entre les acteurs. Analyse d’une systémique de crise où l’image du groupe touristique est sous la menace.

Nichée au cœur du département de l’Isère et jouxtant la forêt domaniale de Chambaran, la commune de Roybon n’avait a priori pas le profil pour se retrouver un jour à la Une des médias comme foyer virulent d’une tenace contestation environnementale. Grâce à ses atours naturels et géographiques, le village avait initialement convaincu le groupe Pierre & Vacances d’implanter un complexe touristique de 1000 cottages sous l’enseigne Center Parcs. Une aubaine pour cette bourgade de 1300 habitants où exode rural et fermeture de commerces n’ont de cesse d’assombrir l’horizon. La promesse de lendemains radieux est pourtant sur le point de virer au pugilat médiatique entre tenants du développement économique et protecteurs du site naturel.

Au départ, l’histoire était belle

Le Center Parcs de Roybon en 2017 ?

Le Center Parcs de Roybon en 2017 ?

C’est à l’automne 2007 que les premiers contacts sont noués entre la municipalité de Roybon et les dirigeants de Pierre & Vacances. Au pied du massif du Vercors, le village est à la peine. A part une maison de retraite qui maintient encore un semblant d’activité et quelques services publics, la tendance est plutôt aux devantures de boutiques closes et à la désertion régulière des habitants. Dans ce contexte morose, les finances municipales ont fâcheusement tendance à virer au rouge. Autant dire que le projet de construction d’un complexe touristique Center Parcs est immédiatement perçu par l’édile de l’époque et son conseil municipal comme une aubaine à ne pas laisser échapper.

Pour l’entreprise de loisirs, le site de Roybon constitue parallèlement une cible de choix. Au cœur de la forêt des Avenières sur le massif de Chambaran, l’endroit jouit d’une nature préservée totalement en phase avec le concept de village nature que Center Parcs décline depuis 1988 et l’ouverture de son premier domaine des Bois Francs en Normandie. Un protocole d’accord est donc rapidement signé entre les élus locaux et le groupe Pierre & Vacances pour l’installation future d’un complexe comportant quelques 1000 bungalows, un espace aquatique abrité et chauffé, une salle de congrès ainsi que des boutiques et des restaurants et les aménagements routiers qui vont de pair.

Jusqu’ici, tout va bien

Maquette aérienne du projet

Maquette aérienne du projet

La communication autour du projet est rondement menée autour de thèmes fédérateurs et rassurants qui s’appuient (1) sur la revitalisation des territoires ruraux, la création de 700 emplois (dont 428 à temps plein) et l’assurance de minimiser les impacts environnementaux que le chantier pourrait engendrer. Etude à l’appui, le groupe Pierre & Vacances démontre que ses précédents projets de domaines touristiques ont toujours été suivis de retombées économiques substantielles pour les localités hôtes et l’ensemble des activités avoisinantes. L’entreprise cite ainsi l’exemple du lac d’Ailette dans l’Aisne. Ouvert en 2007, le village a permis de créer 690 emplois auxquels il faut ajouter 130 emplois indirects. 85% de ces salariés habitent le département. 65% d’entre eux étaient au chômage avant de travailler pour Center Parcs (2).

Avec de pareilles perspectives, le projet de village dans la forêt de Chambaran est par conséquent globalement bien accueilli. Encore aujourd’hui, la mairie de Roybon tient à rappeler sur la page d’accueil du site Web de la municipalité que le projet est gage de nouvelles recettes fiscales qui s’élèveraient chaque année à près de 6 millions d’€ sans parler des 1500 emplois induits par le chantier puis les 697 en phase d’exploitation (3). Même les opposants de la première heure en conviennent, le tempo est alors au consensus global à tel point que mairie de Roybon et conseil général de l’Isère multiplient les communiqués enthousiastes devant ce qui s’annonce comme un formidable levier de développement.

Premières fêlures

Roybon - banderole opposition projetLa lune de miel va cependant s’estomper progressivement. A mesure que les conseils municipaux et les procédures administratives se succèdent, les premières crispations se font jour dès 2008 sur un thème qui deviendra à terme l’actuel nœud gordien : la préservation de l’environnement. Un premier groupe d’opposants voit le jour sous le nom de « Quelques opposants à Center Parcs » et ouvre dans la foulée un blog qui compile et critique tous les décisions afférentes au projet de complexe touristique. Cà et là, ils constatent (4) que « des pancartes hostiles furent plantées chez des riverains. Des graffitis apparurent autour de Roybon. Le panneau légal du permis de construire fut arraché. Lors de la journée organisée par Pierre & Vacances pour faire visiter l’endroit aux investisseurs, un riverain alluma dans son champ un feu de paille assez humide pour enfumer les visiteurs. Il y eut aussi quelques sabotages du travail des géomètres et notamment du bornage ».

En dépit de ces sautes d’humeur, les soutiens du projet n’en démordent pas. Le village Center Parcs aura un impact environnemental minimal. L’implantation du dit village n’empiètera que sur 0,42% de la forêt des Chambaran. Autre argument avancé : les 76 hectares de zone humide touchés seront compensés par la restauration du double de la surface sur un autre périmètre attenant. Pour convaincre de leur bonne foi, Pierre & Vacances comme les autorités politiques mettent en avant l’intervention tierce du cabinet Ecosphère dont le rôle est précisément de veiller au respect des mesures compensatoires et des engagements pris par les opérateurs du chantier.

L’opposition enfle

Roybon - manifestants antiEn dépit des professions de foi et de la communication valorisante des pros-village, le dialogue ne parvient pas à se nouer constructivement. En 2009, une seconde association se constitue. Baptisée « Pour les Chambaran sans Center Parcs » (5), l’objectif est très clair : dénoncer « l’incohérence et l’absurdité que représente le projet d’implantation de Center Parcs sur la commune de Roybon. Nous dénonçons que des biens publics d’usage libre et collectif soient retirés à la communauté au profit de la spéculation immobilière et la limitation des droits de chacun. Nous dénonçons l’utilisation du budget des collectivités en faveur de l’intérêt de Pierre et Vacances. Nous dénonçons les mensonges de nos représentants élus et leur recours à la désinformation sous couvert de développement durable et de dynamisme économique ».

Rejoints par notamment la fédération de pêche de la Drôme, la fédération de Protection de la Nature (Frapna) d’Isère et de la Drôme, le flot grandissant des adversaires du projet décide alors d’attaquer sur le terrain légal en déposant plusieurs recours juridiques pour repousser les échéances et tenter de décourager le groupe Pierre & Vacances et les édiles locaux. Une tactique qui va effectivement allonger le calendrier des événements mais qui va aussi solidifier le front des supporters du projet Center Parcs. Les élus parviennent ainsi à mobiliser des associations de commerçants tandis que Pierre & Vacances continue de pousser son dossier auprès des instances décisionnaires sans particulièrement prendre langue avec les opposants. L’entreprise martèle qu’elle a conçu son projet « dans le plus grand respect de l’environnement » (6), selon Eric Magnier, directeur grands projets du groupe Pierre & Vacances-Center Parcs. Lequel s’agace en retour des « contre-vérités » avancées par les antis. Dès lors, deux blocs antagonistes s’observent et s’invectivent parfois à coups de communiqués de presse qui font les délices de la presse locale.

L’élément déclencheur de crise survient

Roybon - supporters projetDu 16 avril au 28 mai 2014, une enquête publique est alors lancée. Au titre de la loi sur l’eau, la commission doit déterminer l’ampleur exacte des impacts environnementaux susceptibles d’être provoqués par le projet de village Center Parcs à Roybon. Après de multiples auditions, les enquêteurs rendent leurs conclusions en juillet 2014. La commission exprime à l’unanimité un «avis défavorable» en déplorant particulièrement l’absence de débat public, en stigmatisant l’impact sur les zones humides évalué «à minima» selon la commission et en qualifiant au final le projet de « rédhibitoire » (7). Les antis village exultent et voient leurs revendications confortées jusqu’ à la décision du préfet de l’Isère.

Le 3 octobre, ce dernier prend un arrêté qui va à rebours des conclusions de l’enquête publique. Le préfet préfère en effet s’appuyer sur l’avis consultatif favorable du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires. Résultat : c’est le feu vert pour lancer les tronçonneuses et les tractopelles à l’assaut du chantier maintes fois repoussé. Une décision qui constitue aussitôt l’élément catalytique de la crise où les deux camps déjà bien remontés les uns contre les autres, vont cette fois entrer dans une spirale d’affrontement où médiatisation à outrance et viralisation digitale entrent en jeu. Le tout conduisant au point d’orgue médiatique de fin novembre où la presse nationale est accourue en masse à Roybon pour couvrir le conflit.

La loupe médiatique prend le relais

Roybon - zadistesSi le dossier Center Parcs à Roybon a autant accaparé les médias, c’est que celui-ci intervient dans un contexte sociétal où des oppositions similaires ont déjà fait la Une. C’est le camp retranché de Notre-Dame-des-Landes contre la construction d’un nouvel aéroport de Nantes qui a marqué le coup d’envoi de cette systémique de crise dans laquelle Roybon est en train de s’enfoncer. Face à l’entêtement des autorités et notamment de Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, des militants écologistes particulièrement jusqu’au-boutistes mènent une véritable guérilla rurale pour obtenir l’abandon du projet. Pareille situation s’est reproduite plus récemment avec des ingrédients quasi identiques et encore plus dramatiques à Sivens pour bloquer le chantier d’un barrage d’irrigation agricole.

Médiatiquement, Roybon rassemble à cet égard tous les critères pour devenir le nouveau « Sivens ». Les journalistes n’ont d’ailleurs guère tardé à établir l’analogie depuis que les activistes verts radicaux plus connus sous le surnom de « zadistes » (pour Zone à Défendre) ont décidé d’occuper le terrain, d’harceler les équipes du chantier Center Parcs et de vandaliser des équipements. Dans le camp d’en face, la réplique n’a guère tardé avec des contre-manifestations de commerçants locaux mais également des associations comme Stop (Société qui Travaille avec des Ouvriers et des Patrons). Un creuset explosif où le groupe Pierre & Vacances et son enseigne Center Parcs ont beaucoup à perdre en termes de réputation.

Attention, risque de bouc émissaire

Roybon - Infographie AFPAu-delà des débats frontaux autour de l’environnement dégradé par le chantier, c’est effectivement l’entreprise Pierre & Vacances qui est en train de devenir progressivement le bouc émissaire de l’affaire. Même si les incohérences et les esquives des décisionnaires politiques sont également vivement morigénées, c’est surtout le groupe dirigé par Gérard Brémond qui cristallise les attentions des acteurs sur le terrain et par ricochet l’intérêt de la presse. Or, dans ce potentiel bourbier réputationnel, on ne peut pas dire que la communication de l’entreprise soit particulièrement inspirée. Interrogé par la presse début décembre après les heurts à Roybon, le PDG est resté droit dans ses bottes (8) : « Je suis confiant, calme et déterminé. C’est un projet qui a fait l’objet de multiples recours dans le passé. Les deux principales autorisations, qui sont l’autorisation de défrichement et le permis de construire, ont été validées après moult procédures en première instance, en appel, etc, par le Conseil d’Etat. Donc c’est irrévocable. Nous restons très calmes. Nous ne voulons pas entrer dans une bataille idéologique. De toute façon, l’opération se fera ».

De fait, lorsqu’on cherche un peu plus d’informations sur les espaces officiels de Pierre & Vacances et de Center Parcs, le dossier Roybon est étrangement absent. Sur le site Web du groupe, le projet Roybon n’existe tout simplement pas. Aucun contenu n’est disponible pour qui voudrait connaître le chantier plus en détail et/ou la position et les arguments de la société sur les tensions actuelles. Il en est de même sur l’espace presse de Pierre & Vacances. Quant au blog de Center Parcs, Roybon n’est cité qu’une seule fois dans un communiqué en date de … 2009 ! Ce silence communicant n’est pas sans présenter de danger. A vouloir contourner le débat comme s’il n’existait pas, l’entreprise se met potentiellement en risque d’image. Avec tout ce que cela comporte potentiellement d’amplification négative. Par exemple pour accentuer la pression sur Pierre & Vacances, certains n’hésitent plus à attaquer en parallèle les largesses fiscales et les subventions publiques dont bénéficierait l’entreprise pour implanter des villages touristiques dans des zones rurales.

Vers le point de rupture d’image ?

Roybon - Capture site PVCPSur les réseaux sociaux, Roybon est en tout cas devenu un sujet de conversation récurrent à tel point que la page Facebook de Center Parcs est régulièrement inondée de commentaires acerbes et d’appels au boycott à propos du chantier actuel. Etonnamment là aussi, aucune réponse de l’entreprise n’est formulée sur cette page qui compte tout de même près de 220 000 fans, soit une bonne proportion de consommateurs, clients et citoyens capables à leur tour de s’intéresser au problème et de prendre position … pas forcément en faveur de l’enseigne !

La probabilité est d’autant plus forte que les opposants historiques au projet de Roybon ont également investi les réseaux sociaux. Une page (qui rassemble 2400 fans) et un groupe (qui compte plus de 600 membres) s’activent sur Facebook. Le hashtag #Roybon sur Twitter est désormais régulièrement nourri de messages dont la teneur est majoritairement franchement hostile à Pierre & Vacances. Enfin, la pétition publiée sur Change.org pour appeler à l’arrêt de la construction du village s’est diablement emballé ces dernières semaines pour dépasser désormais la barre de 20 000 signataires.

Autant d’indices qui accentuent la pression sur Pierre & Vacances. Lequel vient d’ailleurs d’essuyer un camouflet au conseil régional de Rhône-Alpes. Si les élus de droite comme de gauche étaient jusqu’alors globalement des soutiens, les défections commencent à se manifester comme en témoigne le vote d’un texte censé appuyer la continuation du chantier de Roybon. Au final, 87 élus sur 156 ont rejeté ce dernier. Autre zone à risque : le second chantier que mène Pierre & Vacances conjointement avec Euro Disney avec le futur complexe touristique Village Nature en Seine-et-Marne, à 6 kilomètres du parc d’attractions. Bien qu’aujourd’hui la contestation soit nettement moindre qu’à Roybon, les contentieux commencent pourtant à se faire jour. En n’agissant pas plus proactivement dans sa communication autour de Roybon, l’entreprise joue avec le feu de l’amalgame médiatique et digital. Un chantier contesté, ça va. Deux chantiers contestés, bonjour les dégâts !

Sources

– (1) – Emmanuelle Germain – « En Isère, l’implantation contestée d’un Center Parcs » – Le Figaro – 27 novembre 2014
– (2) – « L’impact positif de Center Parcs sur les tissus économiques de proximité » – Blog de Center Parcs – 25 septembre 2009
– (3) – Site de la mairie de Roybon –
– (4) – « Opposition à Center Parcs » – Blog d’opposants à Pierre et Vacances Center Parcs
– (5) – Stéphane Peron – « Pourquoi cette association ? » – Blog « Pour les Chambaran sans Center Parcs » – 13 décembre 2009 –
– (6) – « Mobilisation des opposants au Center Parcs de Roybon » – Le Monde – 30 novembre 2014
– (7) – Ibid.
– (8) – « Center Parcs de Roybon: pour le président de Pierre et Vacances le projet se fera » – France 3 Alpes – 3 décembre 2014

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Source:
http://www.leblogducommunicant2-0.com/2014/12/12/projet-center-parcs-a-roybon-la-communication-de-crise-est-elle-encore-inevitable-pour-pierre-vacances/

2 Réponses à “- Projet Center Parcs à Roybon : la communication de crise est-elle encore évitable pour Pierreet Vacances ?”

  1. Anonyme dit :

    .

    En commentaire sur son site, Olivier Cimelière, auteur du blog, dit le 15 décembre 2014 à 14 h 40 min

    - « Bonjour Jean-Luc
    Vous avez parfaitement pointé le principal dysfonctionnement de ce dossier : le manque patent d’écoute des parties prenantes au profit du tout-économique. Je reste convaincu que ce projet pourrait rallier plus de suffrages si des concessions plus larges étaient faites et si les points de vue des opposants (je mets à part les irréductibles « talibans » verts) étaient mieux pris en compte. »

    -> Tout est dit…

    Et POURTANT, plus haut dans les commentaires le 13 décembre 2014 à 9 h 26 min, le même Olivier Cimelière,dit:

    - « 2/ le but de l’article n’est pas de soutenir quiconque mais de mettre en évidence les mécanismes qui concourent à aggraver la crise »

    -> du blablabla finalement pro center parcs !!!

  2. Anonyme dit :

    .
    Vous avez publié un article concernant les « terroristes », LA TERREUR VERTE ?
    http://chambarans.unblog.fr/2015/01/01/la-terreur-verte-droit-de-reponse/

    Olivier Cimelière, lui, sur site, dans son commentaire du 15 décembre 2014 à 14 h 40 min, parle « d’irréductibles « talibans » verts » …

    Ce communicant sait choisir les mots…

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